Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 3, Frit-Gild.djvu/366

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GËOR

femme de Léopold, roi des Belges, motte, en 1817.

GEORGE, duc DE ClarenCE. V. Clarencb.

GEORGE V (Frédérie-Alexandre-Charles-Ernest-Auguste), roi de Hanovre, né en Angleterre en 1819. Il est fils du roi Ernest-Auguste et cousin germain de la reine Victoria d’Angleterre ; il fut atteint de bonne heure d’une cécité qui paraissait devoir le rendre inapte à régner ; mais son père, en vertu d’une ordonnance de 1841, trancha la question, établit que les actes présentés à la signature du futur monarque seraient lus en présence de douze témoins et contre-signes par le secrétaire de ce comité ; puis il le nomma régent du royaume pendant un long séjour qu’il fit en Angleterre en 1843. Cette même année, le prince héritier épousa la princesse Marie, nièce du duc de Saxe-Altenbourg. En succédant à son père en 1851, George V promit de maintenir la constitution libérale de 1848 ; mais peu de jours s’étaient à peine écoulés qu’il entrait dans la voie de la réaction et s’entourait de ministres rétrogrades. En 1855, le comte de Kielmannsegge, appelé à former un nouveau ministère, prononça la dissolution de la chambre (31 janvier), et, au mois d’août suivant, rétablit par une ordonnance royale la charte de 1840. Cette espèce de coup d’État provoqua les protestations des chambres et d’un grand nombre de fonctionnaires. Pendant la guerre d’Orient, le roi George se montra favorable à la politique russe. Lorsque éclata, en 1866, entre la Prusse et l’Autriche, le fameux conflit qui devait changer la face de l’Allemagne, le roi de Hanovre se prononça pour "Autriche avec la plus grande partie des États de la Confédération germanique. La Prusse, victorieuse à Sadowa, se fit, comme on sait, la part du lion. Le roi de Hanovre fut renversé de son trône, et son royaume, effacé de la carte, vint augmenter le nombre des provinces prussiennes.

GEORGE I«r (Christian-Guillaume-Ferdinand-Adolphe-George), roi de Grèce, né en

1845. Il est ie second fils de Christian IX, roi de Danemark, qui tourna ses études vers la marine et lui conféra, malgré sa jeunesse, le grade d’amiral. Ce prince avait dix-huit ans lorsque les Grecs, après avoir chassé leur souverain bavarois, Othon, se mirent en quête d’un nouveau roi, pris dans une famille étrangère, et jetèrent enfin les yeux sur lui. L’assemblée nationale constituante, réunie à Athènes, l’ayant proclamé roi constitutionnel de la Grèce le 31 mars 1863, les trois puissances protectrices, la France, la Russie et l’Angleterre, accueillirent avec faveur cette élection, et par un protocole signé à Londres, le 5 juin suivant, la Grande-Bretagne consentit à céder aux Hellènes la.possession des lies Ioniennes. Le prince George accepta alors officiellement la couronne (0 juin), et, après avoir renoncé à ses droits éventuels au troue du Danemark en faveur de son frère cadet, il s’embarqua pour Athènes, où il arriva le 30 octobre 18G3, avec le comte Sponneck, qu’on lui avait donné pour conseiller. Il s’attacha aassitôt k rétablir l’ordre, appela Bulgarie à la présidence du conseil des ministres, amnistia les militaires condamnés pour cause politique et prêta, le 28 novembre 1864, serment à la nouvelle charte constitutionnelie. Lorsque éclata, en 1866, l’insurrection des habitants de l’Ile de Crète eoirtre la domination de la Turquie, le gouvernement du roi George, malgré les représentations do la France et de 1 Angleterre, n’hésita point à encourager ce mouvement qui avait un caractère essentiellement national. Un tel état de choses devait forcément amener non-seulement un refroidissement, mais encore une rupture dans les relations entre la Grèce et la Turquie. Ce fut alors que la Fiance, l’Angleterre et la Russie se concertèrent pour mettre un terme à ce différend et décidèrent qu’une conférence aurait lieu dans ce but à Paris (1869) ; mais, des la première séance, le ministre plénipotentiaire hellénique, M. Rangabè, n’ayant point obtenu voix dèhbérative, pendant que la Porte jouissait de ce privilège, crut devoir se retirer. Toutefois, la conférence n’en continua pas moins ses délibérations, prit des mesures pour aplanir le différend, et le roi George donna son adhésion aux mesures adoptées par les puissances. Comme la chambre des députés grecs s’était signalée par son enthousiasme belliqueux, il en prononça la dissolution pour faire un nouvel appel au pays, et accepta la démission du ministère Bulgaris, qui fut remplacé par le cabinet Zaïmis.

En 1867, le roi George a épousé une nièce de l’empereur de Russie, la grande-duchesse Olga Constantinowa, fille du grand-duc Constantin, dont il a eu un fila eu 1808. Lors de son avènement au trône, le roi George n’a pas abjuré la religion luthérienne ; mais, d’après la constitution, ses héritiers doivent être élevés dans la religion grecque orthodoxe.

GEORGE DE CAPPADOCE ou GEORGE LE FOULON, hérétique qui occupa un instant le siège patriurcal d’Alexandrie au ivs siècle. V. Gkorges (saint).

GEORGE SB LAODICÉB, hérétique du rv« siècle, né k Alexandrie. Il entra dans les ordres, fut déposé comme partisan de l’arjanisme, se rendit en Syrie, où il obtint revécue de Laodicèe, assista aux conciles d’Antiocjie (330) et de Tyr (335) et fut déposé et

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excommunié à celui de Sardique (3-47). Toutefois, cette sentence ne reçut pas d’exécution et George jouit d’une assez grande faveur sous le règne de Constance. On a de lui des Lettres à Alexandre, évêque d’Alexandrie, et un traité intitulé : Éncâmion eis Eusébeion.

GEORGE, patriarche d’Alexandrie, mort en 630. Il succéda en 620 à Jean l’Aumônier. On lui attribue une Vie de saint Jean Chrysostome, publiée dans plusieurs éditions des œuvres de ce saint. Le chartreux G. Tillmann en adonné une traduction latine (Paris, 1557, in-fol.).

GEORGE (Djourdjis-ben-Djabril), médecin syrien, fié à Djoudisabour (K.housistan), mort en "71 de notre ère. Il appartenait au culte nestorien, et était premier médecin à l’hôpital de sa ville natale, lorsqu’il fut mandé à Bagdad, en 765, pour y donner ses soins au calife Mansour, atteint d’une maladie que ses médecins avaient été impuissants à guérir. Plus habile ou plus heureux, George rendit la santé à ce souverain, qui le combla de richesses et d’honneurs, mais, contrairement à ses désirs, le retint auprès de lui. Ce ne fut qu’au bout de cinq ans que George, dont la santé s’était fort altérée, obtint de retourner dans sa çatrie, où il termina ses jours, après s’être lait remplacer auprès du calife par un de ses élèves, nommé Ibrahim. Ce médecin traduisit un grand nombre d’ouvrages grecs en arabe, par ordre de Mansour, et écrivit en syriaque un traité de médecine traduit en arabe par Honaïn. De la famille de George sont sortis plusieurs médecins qui ont joué un grand rôle a la cour des califes abbassides, où ils se rendirent célèbres par leurs talents et par leurs écrits.

GEORGE L’HAMARTOLE (le Pécheur), chroniqueur byzantin du ixc siècle. Il est l’auteur d’une Chronique qui va de la création au règne de Michelin et qui a été souvent copiée par Cédrène, M. Glycas, Théophane. Divers auteurs, Allatius, Petau, Hody, etc., ont publié des extraits de cet ouvrage.

GEORGE DE NICOMÉD1E, prélat et théologien byzantin de la deuxième moitié du îxesiècle.il fut archiviste de la grande Église de Constantinople, puis archevêque de Nicomédie.

11 était un des amis de Photius. Cambefis a publié, dans son Novum auctuarium, des homélies et des hymnes de ce théologien.

GEORGE DE CHYPRE, patriarche de Conétantinople, mort.en 1290. Il se fit remarquer par son savoir et par son éloquence, occupa la charge de protapostolaire à Constantinople, et, bien que laïque, fut appelé par l’empereur Andronique a succéder au patriarche Joseph. George fut sacré en 1283, sous le nom de Grégoire. Il trouva une vive opposition chez les arméniens et chez les adhérents de Jean Beccus, ancien patriarche, qui s’était prononcé pour l’union avec l’Église latine. Très-opposé à cette union, il écrivit à ce sujet un ouvrage, qui reçut l’approbation de l’empereur et des principaux membres du clergé, mais qui lui suscita de tels tracas de la part de ses adversaires qu’il se démit de sa dignité en 1289. Ses principaux ouvrages sont : une Exposition de la foi contre Beccus, publiée dans l’Imprimerie orientale de Banduri ; un Éloge de ta mer, publié par Vulcanius, avec un poème de Paul le Silentiaire (Leyde, 1591) ; Proverbin, par ordre alphabétique, donnés avec les Proverbia de M. Apostolius (Leyde, 1619), etc.

GEORGE DE TRÉBIZONDE, en latin Georgiam Triipexomiu*, helléniste du xve siècle, ne à Chuudace, dans l’Ile de Crète, en 1396, mort à Rome en. 1486. Appelé à Venise, en 1423, pour y professer le grec en remplacement de Philelphe, il se fit enseigner le latin par Victorin de Feltre, reçut de la république les droits de citoyen, puis se rendit à Rome, où il fut successivement secrétaire du pape Eugène et de Nicolas V, et remplit les fonctions de professeur d’éloquence et de poésie. Il vit accourir à ses cours non-seulement des Italiens, mais aussi des Espagnols, des Français et des Allemands. Chargé de traduire en latin et d’éditer quelques auteurs grecs, il s’acquitta de cette lâche avec quelque légèreté. Dans les derniers temps de sa vie, George tomba dans l’enfance. On a de lui divers ouvrages, parmi lesquels il faut citer : une llhélorique, une Dialectique en latin, des Observations sur l’Évangile de saint Jean, une Comparaison d’Aristote et de Platon, la traduction latine de VAlmageSte.

GEORGE (Charles-Ernest), lexicographe allemand, né à Gotha en 1806. Il s’occupa depuis 1826, à Gœttingue, sous la direction d’Othon Muller et de Dissen, d’études philologiques, qu’il alla plus tard compléter à Leipzig. Il se consacra exclusivement à la lexicographie latine. Dès 1823, il prépara, de concert avec Lunemann, la septième édition du Dictionnaire portatif latin-allemond de Scheller, et surveilla seul successivement les éditions postérieures de cet ouvrage. La dixième, complétée et entièrement remaniée, fut publiée sous son propre nom (Leipzig, 1848, 2 vol.) : la douzième "dition a paru en 1861. Dans l’intervalle, George avait composé, de 1830 à 1834, un Dictionnaire portatif allemand-latin, qui obtint le plus grand succès, fut traduit en anglais par Riddle et Arnold (1847), etatteignit, en 1861, sa cinquième édition. Reçu agrégé à léna en 1835, le savant lexicographe devint, en 1839, proies GEOR

Scur adjoint, et, en 1846, premier professeur au gymnase de Gotha. On lui doit encore, entre autres ouvrages : Théorie de la traduction latine (Gotha, 1752) ; Elude sur F. Wustemann (Gotha, 1851) ; Onomologia (Leipzig, 1863) ; Trésor de la latinité classique (Leipzig, 1832-1S64, t. ier et II). Il n’a travaillé qu’au premier volume de cet ouvrage, que Muhlmann s’est chargé de continuer.

GEORGE. Pour les divers personnages de ce nom qui ne se trouvent pas ici, v. Georoës.

GEORGE AMYRDTZA ou AMYROTZES, écrivain ecclésiastique, né à Trébizoride, mort vers 1465. Il accompagna au concile de Florence (1439) l’empereur Jean II Paléologue, dont il avait gagné les bonnes grâces, puis devint logothète et protovestiaire de l’empereur de Trébizonde. Lorsque, par la suite, cette ville tomba au pouvoir de Mahomet II (14G1), George Amyrutza embrassa le mahométisme et obtint dans le sérail une charge importante. On a de lui, sous le titre de ; Ad Demetrium Nauplii ducem, de iis qux contigerunt in synodo Florentina, un écrit contre la réunion de l’Église grecque et de l’Église latine.

GEORGE BURAPHUS, patrice byzantin, qui vivait au commencement du vnr° siècle de notre ère. Il était chargé du gouvernement dés parties de la Mysie et de la Bithynie qui touchent à la Propontide, lorsqu’il complota, d’accord avec le patrice Th. Myacius, de renverser l’empereur Philippique. Pendant une fête, un de ses affidés, nommé Rusus, pénétra auprès de l’empereur, parvint à s’emparer de sa personne et lui fit crever les yeux (713). Cet attentat ne resta point impuni. Anastase II, qui succéda à Philippique, fit arrêter George et ses principaux complices, à qui il appliqua la peine du talion.

George Dnntlin OU le Mnrî confondu, comédie de Molière, en trois actes et en prose, représentée pour la première fois le 19 juillet 1660. George Dandin est un paysan, un rustre auquel son argent a ouvert la maison d’un gentillâtre ruiné et infatué de sa noblesse ; il a épousé Mlle de Sotenville. Le malheureux expie cruellement cet honneur. Sa femme a un amant ; il le sait h n’en pas douter, et s’en plaint amèrement à son beaupère et à sa belle-mère. Mais ici commencent véritablement ses tribulations. « Tout beau ! s’écrie Mme de Sotenville ; prenez garde à ce que vtius dites. Ma fille est d’une race trop pleine de vertu pour se porter jamais à faire aucune chose dont l’honnêteté soit blessée. » Angélique, la femme de George Dandin, n’a pas de peine à mettre les apparences contre lui. Clitandre, le séducteur, le rudoie, lui demande raison, l’épée à la main, de-ses soupçons déshonorants, et l’infortuné Dandin se voit forcé de lui faire des excuses. Il comprend la sottise qu’il a faite en épousant une demoiselle noble, et c’est alors qu’il s’adresse ce reproche si comique : « Vous l’avez voulu, vous l’avez voulu, George Dandin ; vous l’avez voulu. » (V. vouloir.) Vainement il cherche k prendre sa femme en faute ; vainement il fait venir M. et Mme de Sotenville lorsque les deux amants sont ensemble, espérant les confondre. Angélique et Clitandre déjouent sa surveilla’nce, et ont toujours l’art de mettre les torts à la charge du malheureux Dandin. Brefr M. de Sotenville, indigné de sa conduite, le contraint à se mettre à genoux devant Angélique, et à lui demander pardon de

■ l’extravagance qu’il a faite. ■ II est vrai que Dandin ajoute à part : « de vous épouser. » G’est la seule vengeance qui lui soit permise.

La première idée de cette pièce est tirée de nos vieux fabliaux, et Molière songeait certainement à ces petits emprunts quand il disait : « Je prends mon bien ou je le trouve. ■ La source, l’origine véritable de notre littérature nationale, ce sont nos conteurs du xne et du Xiiie siècle, qui ont commencé à former la langue, et écrit des œuvres dans lesquelles ceux qui sont venus après eux ont puisé k pleines mains. Les Italiens, les Anglais ont été les premiers a. dévaliser nos anciens auteurs. Si Molière ne connaissait pas le récit original, il devait au moins avoir sous les yeux une imitation. Voici la traduction presque littérale de l’œuvre de notre ancien conteur. On verra ce que Molière a pris, et ce qu’il a ajouté ; imiter de cette façon, c’est véritablement créer :

« J’ai ouï parler d’un bachelier qui forma une entreprise impossible, celle de garder sa femme pour lui tout seul. Il mit tout sou savoir et tout son sens à étudier la nature des femmes et leurs tromperies. Quand il en sut autant qu’il eii pouvait apprendre, alors il voulut se marier. D’abord il s’enquit de la renommée des femmes les plus sages do la contrée ; puis il demanda k ses amis le moyen le plus sur pour ne pas être trompé par sa femme. « Bâtissez, lui dit l’un d’eux, une maison où personne ne puisse entrer ; élevez les murs très-haut ; ne mettez qu’une porte et qu’une fenêtre, et encore laites ■ les si étroites qu’il soit impossible de vous tromper. Enfermez-y votre femme ; ayez soin que rien ne lui manque ; prenez vos ébats avec elle ; mais gardez surtout que jamais elle ne sorte. » Sur ce, il se maria, et suivit de point en pointue conseil. Chaque soir, er se couchant, il mettait la clef sous sa tête, et s’endormait paisible ; chaque matin, en partant, il fermait avec soin le logis. Ainsi

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ii pensait bien la garder ; mais tout cela fie servit de rien. La dame avait l’habitude, quand son seigneur était parti, de se mettre à la fenêtre pour regarder les passants. Un jour, il vint un damoiseau moult beau et avenant. La dame le regarda, prit plaisir à lui, et lui fit un signe de galanterie que celui-ci ne repoussa pas. Tant rirent par signes et par gestes qu’il s’entendirent bientôt ; et la dame pourpensa comment elle pourrait faire pour satisfaire son caprice. Quand le sire revint à la maison, la dame se tint toute morne. Le sire pensa qu’elle était malade, et en fut. moult dolent, car il l’aimait très-fort. Ainsi elle se contint tout le jour. Au soir diminua sa douleur, ses maux se sont calmt’-s. Le sire en est fort joyeux, et la prie moult de manger. Mais elle fit grandes difficultés ; puis, amendant son humeur, elle arrive bientôt à égayer son seigneur. Tant elle s’entremit, tant elle s’efforça, qu’elle l’eut bientôt enivré. Quand il fut couché, car il ne tarda pas à s’endormir, elle enleva les clefs, ouvrit la porte, et alla dehors retrouver son ami, où ils prirent joie et loisir. Ainsi ils s’assemblèrent souvent en secret. La dame avait l’habitude, quand à son galant elle voulait parler, de vite enivrer son seigneur, de le coucher aussitôt, puis, quand il était endormi, d’aller rejoindre son ami. Or, un jour le sire se pourpensa et s’émerveilla fort de voir qu’à dessein sa femme l’enivrait si souvent. Une nuit, il se fit ivre, se coucha et feignit de dormir. Vite celle-ci se leva, et fila vers son ami. Le prudhomme alors se lève, ferme la porte par dedans, et, quand la dame retourne, elle trouve l’huis fermé. Elle demanda à son seigneur de lui ouvrir la porte pour l’amour, de Dieu. Celui-ci fait semblant de s’éveiller, demande qui frappe. Celle-ci s’affiige beaucoup, crie merci, en disant que, si il lui pardonnait, jamais plus elle ne mêlerait ; elle pleura, elle pria tendrement, mais ce fut en vain. Malgré ses prières et ses pleurs, le sire ne la laissa pas entrer. Il dit qu’il instruirait ses parents, et que de lui junuits pardon elle n’aurait. Elle, de plus en plus, demande il entrer, et lui dit que, s’il ne venait lui ouvrir la porte, elle se laisserait cheoir dans le puits, et qu’ainsi son malheur finirait ; que sa mort lui serait reprochée, que ses parents l’en accuseraient et lui en demanderaient raison. Malgré prières et supplications, il ne la laissa pus entrer. Alors la femme, qui est pleine de ruses, fait une étrange tromperie. Elle ramassa une grosse pierre, la jette dans le puits, comme si elle-même s’y fût précipitée, et se cacha derrière la porte. Le prudhomme, qui entend le bruit de la pierre jetée dans le puits, pense que sa femme s’y est précipitée. Avec effroi il se lève, prend les clefs, ouvre-la porte, et court au puits voir s’il n’y aurait pas moyen de la secourir. La femme ne s’oublia pas. Elle entra dans la maison, referma la porte, se mit à la fenêtre et attendit son seigneur. Quand le prudhomme s’aperçut comment sa femme lavait trompé, il la pria d’ouvrir la porte, bonnement de le laisser entrer, et qu’il lui pardonnerait tout ce qu’elle avait fait. Elle, loin de lui ouvrir la porte, commence au contraire à. l’injurier : « Ah ! mauvais libertin, lui dit> elle, je te ferai une jolie mine ! Demain, je manderai mes parents, et je leur montrerai comment tu m’as trompée. • Comme elle dit, ainsi fit-elle. Ses parents elle manda, et leur dit que son mari agissait ainsi avec elle ; que si mieux il ne se comportait, jamais il n’entrerait dans son lit. Ceux-ci l’en blâmèrent beaucoup, et le châtièrent en paroles. Ainsi, elle eut raison quand elle avait tort, car elle savait bien se retourner ; et au prudhomme qui se donnait moult souci pour garder sa femmo, rien ne servit, mais, au contraire, tourna contre lui. »

Le personnage de Dandin, si comique et si vrai, devait devenir proverbial ; on en a fait le type, nous dirions presque le patron des maris faibles, trompés et bafoués :

< Tu croirais que l’abandon où vi^ manifestement la pauvre femme doit être pour

son mari un motif de sécurité. Point. Son ingénieuse manie sait découvrir une nouvelle cause de perplexités. « Mon ami, disait-il hier « à M. de Malouet, tu sais que je ne suis pas plus jaloux qu’un auire ; mais, sans être ■ Orosinane, je prétends ne pas être George Dandin. Eh bien 1 une chose m’inquiète, mon ami ; as-tu remarqué qu’en apparence personne ne fait la cour à ma femme ?• Oct. Feuillet.

« Enfin, pour compléter le tableau, le mari se gausse des railleries qu’on ne lui épargne pas. Il sait qu’on le range dans la famille des Dandin, et il le dit gaiement à l’amant de sa femme Certes, Molière n’eût pas désavoué la joyeuse figure de ce bourgeois trompé, montré au doigt, et content. <

G. Planche.

■ Les Spartiates poussaient très-loin le stoïcisme et l’abnégation. Lorsqu’ils craignaient de île pouvoir donner à la patrie des enfants dignes d’elle, ils cherchaient parmi leurs concitoyens un beau jeune homme aux formes athlétiques, le présentaient à leur femme. Si celle-ci l’agréait, l’adultère se