Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 4, Gile-Gyz.djvu/369

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Wurtemberg de ressentir le contre-coup des événements qui ébranlèrent l’Europe, il parvint du moins rapidement à rétablir l’ordre, accorda la liberté.de la presse, prit un ministère dans l’opposition, abolit le droit de chasse et les dîmes, consentit à une diminution de sa liste civile, et proclama comme lois de l’État les droits fondiimentaux votés par l’Assemblée nationale de Francfort. Mais, effrayé par l’agitation démocratique qui se manifesta alors dans le Wurtemberg, il crut devoir entrer dans une voie rétrograde. La bonne harmonie se trouva rompue entre le roi et le peuple, à l’occasion surtout de l’insurrection du Palatinat et du pays de Bade, que le parti démocratique wurtembergeois voulut seconder. Une nouvelle Chambre fut formée, dissoute et reformée jusqu’à trois lois. Le roi prit alors une attitude ferme et décidée vis-à-vis de la Prusse et de ses alliés, et se rattacha complètement à l’alliance autrichienne. En même temps, il abolissait sa propre constitution et revenait à celle de 1819. En 1855, il rétablit la bastonnade dans les armées, et étendit même cette peine aux délits politiques et aux délits de presse ! Cependant, vers la fin de son règne, il parut faire un reiour aux idées de sa jeunesse et publia, en 1861, un décret libéral sur la presse.

Guillaume Ier, n’étant encore que prince royal, avait épousé, en 1808, la princesse Caroline-Auguste de Bavière ; mais cette union,

imposée par Napoléon, n’était du goût d’aucun des deux époux. En 1814, ils divorcèrent d’un commun accord. À Paris, en 1815, le prince Guillaume fit la connaissance de Catherine Paulowna, duchesse douairière de Holstein-Oldenbourg, qu’il épousa l’année suivante et qui mourut en 1819. En 1820, le roi se remaria avec sa cousine Pauline, tille du prince Louis de Wurtemberg, de laquelle il eut Charles I«r, depuis roi du Wurtemberg.

GUILLAUME 1er (Frédéric-Louis), roi de Prusse etempereurd’Allemagne, né lé22 mars 1797. Il est le second fils de Frédéric-Guillaume HI, et, par conséquent, le frère puiné de Frédéric-Guillaume IV, à qui il a succédé sur le trône de Prusse. L’éducation toute militaire de Guillaume a complètement décidé du caractère de sa politique, et les événements dont son enfance fut témoin étaient bien faits pour développer les instincts guerriers qu’on remarquait déjà en lui. Une conséquence forcée de cette nature belliqueuse, si bien servie par les circonstances, a été une pente décidée de ce prince vers le gouvernement absolu, et l’on trouve ainsi presque au début de la vie de Guillaume les causes qui ont développé en lui l’habitude de résoudre par la force les questions de droit et de gouvernement.

A seize ans, Guillaume était soldat et prenait part à la campagne de 1813 contre la Franco. En 1815, il était au nombre de nos envahisseurs. Mais ia paix qui succéda à Waterloo lui imposa un long repos. Des lors, toutefois, il s’occupait de la question qui a rempli* toute sa vie, l’organisation des forces militaires de la Prusse.

En is-IO, son père mourut et son frère aîné monta sur le trône. Guillaume, qui avait alors le grade de lieutenant général, fut nommé gouverneur de la Pomôranie. Dès letlébutdu régne de Frédéric-Guillaume IV, le prince Guillaume vit dans le caractère faible de son frère un danger pour l’avenir de la Prusse et de l’Allemagne. Le nouveau souverain n’était pas de force à résister au mouvement qui entraînait tous les gouvernements vers les réforme^ libérales. Guillaume sentit dès lors la nécessité de se mettre en travers de ce courant et se jeta résolument dans l’opposition absolutiste. Lorsque son frère, cédant à l’opinion, convoqua à Berlin la réunion des états généraux (1817), le prince Guillaume y vint ’ siéger et groupa autour de lui tout le parti de la réaction. Le faible roi, convaincu au fond des dangers que la liberté faisait courir à sa dynastie, n’osant d’autre part entraver les travaux de l’Assemblée qu’il avait convoquée lui-même, laissait agir son ministère dans un sens libéral et. bornait son rôle a glisser dans les réformes opérées par le cabinet des réserves destinées à les amoindrir ou à les dénaturer. Guillaume, qui ne se croyait pas astreint à tant de réserve, travaillait résolument à enrayer le mouvement, sacrifiant volontiers sa popularité à son œuvre réactionnaire.

1848 éclata. Le contre-coup delà révolution de Paris se fit violemment sentir à Berlin. Après une bataille de quatre jours, le roi se vit contraint de céder à l’insurrection, de proclamer l’amnistie, de nommer un cabinet présidé par Camphausen, le chef de l’opposition libérale. Pour se soustraire à la colère du peuple, Guillaume dut abandonner Berlin et se réfugier en Angleterre. Toutefois, le ministère Camphausen parvint k apaiser rapidement les esprits et permit au prince de rentrer à Berlin après un exil de quelques mois. Au moment de son retour, le cabinet était renversé et le roi venait de décider la convocation d’une nouvelle Assemblée. Le vieux parti de la Croix envoya y siéger le prince Guillaume, qui n’accepta qu’à moitié cet honneur et ne parut jamais dans cette Chambre trop révolutionnaire à son gré. En revanche., Guillaume devint dès lors l’urne des conseils du roi, et inaugura entre le gouvernement et la démocratie cette lutte qui ne

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devait finir que dix-huit ans plus tard, sur le champ de bataille de Sadowa. Le 5 décembre 1848, le roi et Guillaume durent subir la constitution que leur imposa la volonté des mandataires du peuple. Guillaume eut bientôt une occasion de prendre contre la liberté un commencement de revanche. Le gouvernement badois, chassé par l’insurrection victorieuse, provoqua l’intervention de la Prusse, et le prince Guillaume fut chargé d’aller pacifier le pays à coups de fusil (1849). Il s’en acquitta avec une rigueur impitoyable, dont les Badois, dit-on, n ont pas complètement perdu le souvenir. Au mois de mai de l’année suivante, il fut nommé gouverneur militaire des provinces du Rhin et alla fixer sa résidence à Coblentz. Bientôt s’offrit à lui l’occasion de réaliser tout d’un coup le rêve de toute sa vie, la création d’une Confédération germanique sous l’hégémonie de la Prusse. Le parti patriote allemand offrait l’empire au roi de Prusse, au prix d’une guerre avec l’Autriche. Mais le parti national était alors en même temps le parti de la révolution, le pire ennemi de Guillaume ; il sacrifia son ambition personnelle et celle de sa famille à ses principes inflexibles de gouvernement. Il voulait bien créer l’Allemagne, mais ne pouvait consentir à aucun prix à rien accepter du parti révolutionnaire. Il résolut donc d’attendre une occasion moins compromettante, et, plutôt que de gouverner le pays par la volonté du pays, il conseilla et fit adopter l’alliance avec I Autriche contre la révolution. Ce fait Suffit à caractériser la politique deGuillaume : jamais l’histoire n’a fait connaître un partisan plus ferme et plus indomptable du despotisme de droit divin. Guillaume, d’ailleurs, appartient à la secte des piétistes, et met, entre sa foi religieuse et sa conduite, dans la pratique du gouvernement, un accord assez rare, même parmi les plus convaincus. L’intervention de Dieu lui paraît absolument évidente dans tous les événements humains, et les mesures les plus énergiques de sa, politique impitoyable ne lui sont dictées que par le désir d’accomplir les décrets de la Providence. Son épée est avant tout pour lui un instrument de salut. Il ne tint pas à lui qu’il ne la tirât contre nous à l’époque de la guerre d’Orient (1854). Le roi son frère resta, cette fois, inébranlable et, malgré les sollicitations de Guillaume, alors colonel général de l’infanterie prussienne et gouverneur de la forteresse fédérale de Mayence, Frédéric-Guillaume refusa "tout secours à son beau-frère l’empereur de Russie.

Mais la santé du roi, depuis longtemps chancelante, déclinait de plus en plus. En octobre 1857, Frédéric-Guillaume dut abandonner à son frère le gouvernement effectif de son royaume. L’année suivante, Guillaume reçut le titre de régent’et prit officiellement la direction des affaires de l’État. Mais, par un coup de politique bien inattendu, le régent affecta d’abord une politique libérale. Il renvoya le cabinet Manteuffel et choisit un nouveau ministère en dehors du vieux parti conservateur. Guillaume put jouir alors, pour la première fois de Sa vie, d une ombre de popularité ; il ne s’en laissa pas griser et ne se sentit nullement entraîné a pousser bien loin cette expérience. En juin 1860, il eut une entrevue avec l’empereur Napoléon, et dans cette circonstance il entraînait à sa suite une véritable cour de petits princes allemands, qu’il habituait déjà a ce rôle de satellites.

Le 2 janvier 1861, le roi de Prusse mourut. Guillaume, devenu roi, continua quelque temps la comédie libérale qu’il avait commencé à jouer comme régent. Il s’attacha le parti libéral par une amnistie en faveur de tous les condamnés politiques, et flatta en même temps les instincts des patriotes en semant son manifeste royal d’insinuations belliqueuses et en imprimant une prodigieuse

activité au développement et à la réorganisation de l’armée et des institutions militaires. Il s’occupa dès lors très-sérieusement de la création d’une marine prussienne, et entraîna la Confédération germanique à développer la défense du littoral, prévoyant sans doute déjà que « la Providence » le réservait à exercer la puissance souveraine sur l’Allemagne tout entière. En attendant, il songeait à se faire couronner roi de Prusse. La cérémonie eut lieu à Berlin (1861), avec une grande pompe, après une nouvelle visite faite à Compiègne à Napoléon III. Dans son discours du trône, Guillaume se déclarait roi par la volonté de Dieu seul, faisant entendre clairement au Parlement prussien quel cas il comptait faire du pouvoir que cette assemblée ne tenait que de la volonté du peuple ; La guerre contre les libéraux était ainsi déclarée ; elle éclata au début de la session de 18C1. La Chambre des représentants répondit à la déclaration du roi, renouvelée dans le discours d’ouverture (14 janvier), en se donnant pour président M. ïiagen, chef de l’opposition. Refusant de voter le budget présenté par le gouvernement, elle y substitua un projet préparé par une commission parlementaire. Le ministère dut donner sa démission, et un décret royal prononça immédiatement après la dissolution de la Chambre, Le nouveau ministère lui-même ne vécut que jusqu’au 17 mars suivant, et fut remplacé par un cabinet ultra-réactionnaire, présidé par le prince de Hohenlohe, puis par M. de Bernstorff. Les élections eurent lieu. Dans la nouvelle Chambre, l’opposition se montra plus

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ardente encore et plus résolue que dans celle qu’elle remplaçait. Le roi et son gouvernement durent s’exécuter, d’assez mauvaise grâce il est vrai, et firent quelques concessions à l’opinion publique. On diminua quelques taxes, on signa le traité avec la France, on reconnut le royaume d’Italie, on fit plus : on intervint dans la Hesse Electorale pour imposer à l’électeur le rétablissement die la constitution de 1831, donnant cette fois un appui efficace à la Révolution contre les empiétements du pouvoir souverain. Mais toutes ces concessions parurent insuffisantes à l’opposition parlementaire. Le projet de réforme militaire, si cher au roi Guillaume, fut repoussé à une forte majorité. Le roi appela alors à la tète du cabinet un homme non moins ferme que lui dans ses résolutions, mais plus habile dans le eboix des moyens et plus souple dans la façon de les mettre en œuvre. Le succès de l’œuvre de Guillaume était désormais assuré ; il avait trouvé un grand ministre, M. de Bismark, qui occupait alors le poste d’ambassadeur de France. Cependant toute l’habileté du nouveau chef du cabinet échoua devant le parti pris de la Chambre : le budget du gouvernement fut de nouveau rejeté et remplacé par celui de la Chambre des représentants. Le roi fit alors casser cette décision par la Chambre des seigneurs, déclara qu’il ferait exécuter purement et simplement le projet de budget préparé par son gouvernement et prononça la ".lôture de la session (octobre 1862). Cet audacieux coup de force constituait une violation flagrante de la loi du pays et préparaît la plus orageuse de toutes les sessions parlementaires. Le roi y coupa court en prononçant la dissolution (mai 1863). Libre alors de toute entrave, le roi tua par un décret la liberté de la presse, espérant ainsi laisser à son gouvernement tout seul le soin de faire les nouvelles élections. Il fut trompé dans cette espérance, et la nouvelle législature montra, dès le début, une opposisition telle, que Bismark et le roi ne trouvèrent plus qu’un moyen héroïque pour donner une dérivation à l’esprit public et empêcher peut-être une terrible révolution : la guerre fut résolue dans les conseils du roi. Elle faillit éclater d’abord entre les deux grandes puissances allemandes. Guillaume refusait de se présenter au congrès de souverains allemands convoqué et présidé à Francfort par l’empereur d’Autriche, "ît d’accepter les décisions de cette assemblée de princes. Mais tout à coup ce grand orage se calma, et les deux puissantes rivales s unirent pour dénouer ensemble l’éternelle question des duchés, ou plutôt pour écraser de concert un peuple faible et inoffensif, le Danemark (1863).

Le Danemark vaincu, restait une grave question : le partage des dépouilles. Il fut réglé dans la convention de Gastein (14 août 1865). Mais la Prusse, qui avait senti les coudes de soi) seul st véritable adversaire, tandis qu’il combattait à côté d’elle, la Prusse, qui avait pu juger de la faiblesse réelle d’un pareil antagoniste, trouva simple et facile de tout garder. Elle occupa les duchés et refusa obstinément de s’en dessaisir. La diplomatie épouvantée intervint pour conjurer une guerre inévitable. Un projet de congrès fut préparé et presque aussitôt abandonné. Les hostilités commencèrent en juin 1806. On sait avec quelle épouvantable rapidité elles furent menées. Dans une seule bataille (Sadowa, 3 juillet 1866), l’Autriche perdit sa position en Allemagne, et ce coup, dont elle est loin de s’être relevée après six ans, a rompu définitivement son unité, et menace encore son

existence même, dans un avenir qui est peut-être prochain. Le traité de Nikolsburget celui de Prague, qui suivirent cet épouvantable ’ désastre, exclurent à tout jamais 1 Autriche de la Confédération germanique. Celui de Berlin créa, sous le nom d’Allemagne du Nord, un véritable empire prussien, dans lequel il a fait entrer huit États jusqu’alors souverains. Les annexions suivirent bientôt : le Hanovre, la Hesse Electorale, le duché de Nassau, la ville libre de Francfort arrondirent les États héréditaires du roi Guillaume, qui compta alors 23,590,000 sujets au lieu de 19,305,000. Puis, pour régulariser cette situation amenée par tant de violences, le roi, qui avait dissous la Chambre avant la guerre, fit procéder à de nouvelles élections. Comme il l’espérait, le pays, enivré par les succès remportés, envoya à la Chambre une majorité gouvernementale, qui s’empressa de voler un bill d’indemnité pour tous les actes illégaux commis par le pouvoir depuis quatre ans. Depuis cette époque, débarrassé de tout contrôle de la part des mandataires du pays, le roi Guillaume put continuer sans entraves son système d’armement, se préparer à toutes les éventualités et être en mesure d’entrer avantageusement en lutte avec la France.

Bien que très-amicales en apparence, les relations des cabinets de Berlin et des Tuileries devinrent en effet, à partir de ce moment, extrêmement tendues, et pour tout esprit clairvoyant il était évident que tôt ou tard une rupture était inévitable. Si Napoléon 111 avait assisté impassible à l’écrasement de l’Autriche, c’est que l’habile ministre du roi Guillaume lui avait fait entrevoir la possibilité de profiter des événements pour agrandir la France du côté de la Belgique et de la Hollande. Napoléon ne tarda pas à s’apercevoir qu’il avait été berné. À peine, en effet, eut-il montré la velléité de négocier

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l’annexion du Luxembourg, que l’Allemagne fit entendre des protestations énergiques. La guerre fut sur le point d’éclater ; néanmoins, comme aucun des deux grands adversaires no se croyait suffisamment prêt, on chargea la diplomatie d’arranger l’affaire, et le Luxembourg fut déclaré territoire neutre par la traité de Londres (1867). Pendant que l’homme du 2 décembre retombait dans son apathique et coupable somnolence, Guillaume et son ministre s’empressaient de relier entre eux les États de l’Allemagne du Nord, d’en former un tout compacte, et d’en prendre la haute direction militaire et diplomatique. Cette même année, à l’occasion de l’Exposition universelle, le roi de Prusse se rendait à Paris. De retour à Berlin, Guillaume s’occupa de faire régler la situation des princes dépossédés par lui, en les dépouillant même de leur fortune personnelle, puis il laissa le principal inspirateur de ses projets ambitieux, M. de Bismark, préparer en silence leur mise à exécution. Etablir l’hégémonie de la Prusse sur l’Allemagne, amener, selon le vœu de Frédéric le Grand, la maison de Hohenzollern à occuper le premier rang en Europe, et, pour atteindre ce but, s’allier avec la Russie et l’Italie, paralyser l’Autriche, enfin briser le grand obstacle, vaincre la France, la démembrer, la faire descendre au second rang, tel fut le profond dessein conçu par le roi Guillaume, de concert avec Bismark, admirablement secondé par deux hommes éminents, le stratégiste de Mollke, et l’organisateur de Roon.

Tout était prêt en Prusse, hommes et choses ; rien n’était prêt en France. Ici, entre les mains de l’aventurier sinistre qui gouvernait le pays, tout s’était disloqué, amoindri, corrompu. L’imprévoyance et l’impéritio dans la direction des affaires, l’absence d’hommes supérieurs, la désorganisation dans l’armée, l’affaissement moral produit par vingt ans de despotisme, tout concourait, en cas de conflit, à nous précipiter vers une catastrophe. Le gouvernement prussienne l’ignorait point. Il n’attendait qu une occasion favorable pour engager la lutte. Cette occasion, ce fut la candidature de Léopold de Hohenzollern nu trône d’Espagne qui vint la fournir. Nous avons exposé, à l’article guerrk de 1870, comment la candidature de ce parent du roi de Prusse fut accueillie par le gouvernement français. Nous y renvoyons le lecteur. Bornons-nous à dire que le roi Guillaume déclara 4tre complètement désintéressé dans l’affaire Hohenzollern. Il ajouta qu’il ne pouvait donner aucun ordre, relativement à l’acceptation du trône d’Espagne par son parent, mais que, si ce prince était disposé à y renoncer, il approuverait sa résolution. Le il juillet 1870, le prince Léopold ayant renoncé à la couronne d’Espagne, le conflit paraissait devoir se terminer là, lorsque le stupide Napoléon III fit demander au roi de Prusse, par M. Benedetti, une- déclaration constatant qu’il s’associait à l’acte de renonciation et que, si le prince revenait à son projet, il interposerait son autorité et y mettrait obstacle. À cette nouvelle demande, Guillaume répondit par un refus catégorique (13 juillet), et le gouvernement français, entraîné par une sorte de vertige inexplicable, s’empressa de déclarer la guerre à la Prusse (15 juillet), après avoir repoussé l’intervention des cabinets européens.

Le 19 juillet, le roi de Prusse ouvrait en personne le Reichstag de la Confédération de l’Allemagne du Nord, et y prononçait un discours dans lequel il exposait les causes de la guerre, et dont nous citerons le passage suivant :

t Nous avons, d’un regard calme et clair, mesuré la responsabilité qui, devant le jugement de Dieu et des hommes, incombe a celui qui pousse à des guerres dévastatrices deux grands et paisibles peuples habitant au cœur même de l’Europe.

■ Le peuple allemand et le peuple français, ces deux peuples qui jouissent, chacun au même degré, des bienfaits de la civilisation chrétienne et d’une prospérité croissante, et qui aspirent à ces bienfaits, sont appelés à une lutte plus salutaire que la lutte sanglante des armes. Mais les hommes qui gouvernent la France ont su, par une fausse politique (Missleitung) calculée, exploiter pour leurs passions et leurs intérêts personnels l’amour-propre (Selbstgefùhl) légitime, mois irritable, du grand peuple qui est notre voisin.» Moins de quinze jours après, le roi de Prusse, qui avait pris le commandement en chef de ses armées, et réuni contre nous les forces de l’Allemagne du Nord et de l’Allemagne du Sud, commençait à lancer sur ta France plus d’un million de soldats. Le 6 août, Reichshoffen était.le théâtre de notre premier grand désastre. Ce souverain, dont toute la politique peut se résumer en deux formules : « La force prime le droit, la fin justifie les moyens, ■ et qui met un soin tout particulier à associer à tous ses actes l’intervention de Dieu et de la Providence, s’efforça, au début de la guerre, pour attirer à lui les sympathies de l’Europe, de montrer une certaine modération. Dans une proclamation h ses soldats, datée de Hombourg, le 8 août 1870, il disait : « Nous ne faisons pas la’guerre aux paisibles habitants de la France, et le premier devoir d’un soldat loyal est de respecter la propriété privée. » Quelques jours après, il disait encore : » Jé fais la guerre Contre des soldats et non contre des citoyens frau-