Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 4, Gile-Gyz.djvu/386

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1640

GUIZ

blessure, il entra, vers 1267, dans l’ordre des Fratri gaudenii', association instituée pour défendre les opprimés et maintenir l’ordre public. Vers la fin de sa vie, il alla se fixer à Florence, où il fonda un couvent de cumaldules (1203). Guittone fut un des hommes les plus savanis de son temps, et il est regardé comme le chef de l’école toscane. Ce fut lui qui donna au sonnet des formes fixes. Dans ses poésies, de beaucoup supérieures à celles de ses contemporains, il mêle l’amour à la religion, la galanterie à la piété. On y trouve du naturel, de la variété, des traits d’une délicatesse digne de Pétrarque et un style parfois remarquablement pur et correct. On possède de ce poë.e trente-cinq sonnets et quatre cuiizone, publiés dans la collection des Giunti, les Mme untiche (1527), et réédités k part sous ie titre de Aime (Florence, 1828, in-so). On a, en outre, de lui trente-deux lettres, dont le style est rude et d’assez mauvais goût. Bottari les a fait paraître avec des notes (Rome, 1745, in-4o),

GOIVRE s. f. (ghi-vre — V. givre). Sorte de grosse couleuvre fantastique : Les guivres, les dragons et les formes étranges Ne sont plus maintenant que des figures d’anges. « Tu. Gautier.

— Blas. Serpent qui dévore un enfant : Rome a les clefs : Milan, l’enfant qui hurle encor

Dans les dents de la guivre.

V. Hugo.

n On dit aussi givre.

— Encycl, Superst. La guivre, ou vouivre, est dans les oontes merveilleux un drac ou dragon extrêmement sauvage, qui découvre et garde les trésors cachés au fond des vieux châteaux^ On la dit fort avare, fort jalouse, Surtout d’une escarboucle, ou rubis magnifi

?ue, qu’elle se pose comme une lampe sur le

ront, et dont la lumière éblouissante trahit quelquefois le lieu de sa retraite.

G01XAR, lac de l’Amérique centrale, dans la république de San-Salvador. [1 reçoit la rivière Osiua, et s’écoule dans le Pacifique par la rivière Lempa ; 90 kilom. de circuit. Dans une des îles du Guixar se voient les ruines d’une ancienne ville, nommée Zacualpa.

GU1ZAMBOURG, bourg de la Guynne française, quartier d’Approuage, sur la rive droite de la livière de ce nom. Résidence des autorités du quartier. Le quartier d’Approuuge (ire élusse), qui était, avant 1848, le plus important de la colonie par le nombre de ses sucreries, est borné au N.-E. par la mer, au S.-E. par les grands bois, au N.-O. par le quartier de Kaw, et au S. 0. par l’OyapocK. Il est arrosé par l’Approuage, l’une des plus importantes rivières de la colonie, qui coule du S.-O. au N., dans un parcours dé 190 kilom. Sa largeur, jusqu’à 20 kilom. de son embouchure, est de 4 kilom. On rencontre dans cette partie beaucoup d’îles boisées.

GUIZARD (Sylvain), homme politique français, né à Guéret (Creuse) en b,06. Reçu docteur en médecine à Paris, il alla se fixer dans sa ville uaiale, où il fut, sous le règne de Louis-Philippe, un des chefs du parti démocratique. Lorsqu’en 184S la République fut proclamée. M. Guizard devint commissaire du gouvernement provisoire dans le département de la Creuse, qui l’envoya siéger à l’Assemblée consumante, puis à la Législative. Il y vota généralement avé ; la Montagne, fut un adversaire constant de la politique de l’Élysée, protesta contre Je coup d’État du 2 décembre, et, après une courte détention, alla reprendre dans sa ville natale l’exercice de la médecine.

GUIZOT (François-Pierre-Guillaume), historien et homme d’État, né à Nimes le i octobre 1787, d’une famille calviniste, t-on père était avocat ; il périt sur l’échafaud en l’an II. Sa mère emmena ses deux eùfants à Genève, où lo jeune Guizot lit ses études sous l’influence de cet esprit rigide, étroit et systématique qui plane avec l’ombre de Calvin sur la patrie de Necker. À dix-neuf ans, il vint à Paris, avec sa pauvreté, son ambition, son orgueil et sa tristesse. De même qu’il n’avait pas eu d’enfance, il n’eut pas de jeunesse. Une ambition âpre et concentrée s’annonce des le début de cette existence et semble en avoir seule animé tout le cours. Il vécut d’abord à l’écart, entra ensuite comme précepteur dans la famille de l’ancien résident suisse auprès du gouvernement français, et fut introduit par ce diplomate dans le salon littéraire de Suard, où il connut les écrivains de l’époque. Il commença dès lors à collaborer à divers recueils et journaux et composa coup sur coup plusieurs ouvrages oubliés aujourd’hui, mais qui attestaient une rare puissance de travail et une précoce maturité d’esprit. On connaît la touchante histoire de son mariage. M’e de Meulan était beaucoup plus âgée que son époux ; mais, par ses relations de famille et de société avec les chefs du parti royaliste, elle allait contribuer à lui ouvrir la carrière politique, but de son ambition. A cette époque, il avait déjà publié : Nouveau Dictionnaire des synonymes, plusieurs fois réimprimé depuis ; Annales de (éducation ; De l’état des beaux-arts en France et du Salon de 1810 ; une édition annotée de Gibbon ; ('Espagne en 1808 ; Vies des poètes français du siècle de Louis XI V, etc. Ces travaux le tirent remarquer de B’onta GUIZ

nés, qui l’attacha, en 1812, à l’Université, en qualité de suppléant à la chaire d’histoire moderne, dont il devint peu de temps après titufaire.

À la première Restauration, Royer-Collard, dont il était devenu l’ami, le recommanda à l’abbé de Montesquiou, ministre de l’intérieur, qui le choisit comme secrétaire général. Ses débuts dans la carrière politique ne furent pas très-brillants. Il coopéra à la préparation de cette loi contre la presse qui, plus tard, servit de modèle aux ordonnances de Juillet, et fut attaché au comité de censure, en compagnie de M. de Frayssinous. Au retour de l’île d’Elbe, il conserva quelque temps encore sa place au ministère et fut destitué juste au moment où il venait de signer VActe additionnel. Il répandit alors, dit-on, le bruit que le refus de sa signature avait seul motivé sa destitution. Mais le.l/ont’te«r du 14 mai 1815 lui donna un démenti formel. Ce fut alors qu’il alla rejoindre Louis XVIII à Gand, où il participa à la rédaction de ce fameux Moniteur, qui était la feuille officielle de la nouvelle émigration. On a raconté qu’au retour du roi il trouva le moyen de se glisser dans les bureaux du ministère et découvrir dune tache d’encre sa signature apposée sur le registre des votes de l’Acte additionnel. Cette accusation se trouve formulée dans une brochure anonyme, dont, on a attribué l’inspiration à M. Mole, et qui parut, en 1843, sous ce titre : le Cabinet du 29 octobre, la Chambre, le prochain ministère.

Au retour des Bourbons, il fut nommé secrétaire général de la justice parle ministre Barbé-Marbois, qui se retira en mai 1816, pour protester contre les massacres du Midi. M. Guizot se retira également, et l’on aimerait à croire que ce fut pour les mêmes honorables motifs, s’il n’avait pas été nommé presque aussitôt maître des requêtes, puis conseiller d’État, enfin directeur général de l’administration départementale et communale. Plusieurs écrits politiques sortis de sa plume parurent pendant ces années. On doit citer particulièrement : Du gouvernement représentatif et de l’état actuel de la France (1816), réimprimé plusieurs fois avec des remaniements. C’est en quelque sorte le manifeste du parti doctrinaire, qui commençait à poindre, sous l’inspiration de Royer-Collard. Royaliste constitutionnel, M. Guizot s’était placé entre les ultras et les libéraux, juste sur le chemin des honneurs et du pouvoir. Mais lors de l’assassinat du duc de Berry, une réaction ultra-royaliste entraîna le publicïste doctrinaire dans la déroute du ministère Decazes. Il retomba tout naturellement alors dans l’opposition et publia successivement : lies conspirations et de ta justice politique (1821) ; Des moyens de gouvernement et d’opposition dans l’état actuel de la France (1.821) ; De la peine de mort en matière politique (1S22). Ces pages d’opposition sont remarquables comme expression du groupe auquel appartenait l’écrivain, et qui, rapproché du pouvoir, au moins par ses convoitises, mettait une mesure savante dans ses attaques et semblait moins combattre que conseiller. Toutefois, cette petite guerre ne fut pas du goût du ministère Villèle, qui enleva à M. Guizot la seule qui lui restât des faveurs qu’il avait un peu prématurément obtenues : sa chaire d’histoire. Son cours fut, en effet, interdit en 1S25, Précédemment il avait publié une Histoire du gouvernement représentatif (2 vol. in-so), résumé de ses leçons à la Sorbonne. C’est à cette époque aussi qu’il entreprit la première série des grands travaux historique." qui forment la base la plus solide de sa rei.ommén : Essai sur l’histoire de France ; Colltetion des mémoires relatifs à la révolution d’A agleterre (26 vol.), traduits sous sa direction et annotés par lui ; Collection des mémoirei relatifs à l’Histoire de France (jusqu’au xtne sièclej ’,31 vol.), avec notes et notices ; Histoire de la révolution d’AngleleiTe. depuis l avènement de Charles ]< ?t jusqu’à l’avènement de Charles /V(ire partie). Il faut ajouter encore une édition annotée des Œuvres de I^ollin, une révision de la traduction des œuvres de Shakspeare, avec une notice biographique, et, en outre, de nombreux articles donnés a. la lievue française, à VEncyclopédie progressive et autres recueils.

Au milieu de ces grands labeurs, il eut la douleur de perdre sa femme, qui lui donna, à son lit de mort, la plus haute marque d’affection que le cœur puisse inspirer, en abjurant sa religion pour le protestantisme. M. Guizot Se remaria l’année suivante avec la nièce de celle qu’il venait de perdre et qui avait désiré et préparé cette union ; mais la nouvelle M’"e Guizot mourut elle-même en 1833.

Bientôt il fit un pas de plus dans la voie de l’opposition et.eiura dans la Société Aidetoi, te ciel t’aidera, fondée en vue d’assurer contre les manœuvres gouvernementales le libre exercice du droit électoral. Ce n’éiait pas une société secrète, comme on l’a quelquefois répété ; mais ce n’en était pas moins un centre d’opposants de nuances diverses, au milieu desquels il peut sembler piquant de rencontrer un autoritaire aussi convaincu que M. Guizot.

L’avénement du ministère Martignac le remit en possession de sa chaire et de son siège au conseil d’État. En outre, il fut nommé député par les électeurs de Lisieux et siégea à la Chambre dans les rangs du centre gauche. Ce fut l’époque la plus brillante de s’a vie ; il

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formait, avec MM. Cousin et Villemain, oe trio de professeurs qui portèrent si haut la gloire de notre enseignement public, et c’est du travail de ses cours que sortirent ses ouvrages historiques les plus importants (avec la Révolution d’Angleterre) : Cours d’histoire moderne ; Histoire générale de la civilisation en Europe ; Histoire générale de la civilisation en France. À la Chambre, il combattit le ministère Poli’gnac avec quelque vigueur, vota l’adresse des 221, qui le chargèrent de rédiger la protestation contre les ordonnances. Toutefois, il aimait la Restauration surtout parce qu’elle était l’autorité, et dans ses Mémoires, malgré cette infatuation qui le rend le premier et le plus fervent admirateur des actes de sa propre vie, il a manifesté quelque regret de son opposition, fort anodine cependant.

Après la révolution de Juillet, il fut nommé ministre de l’intérieur, prit part à la révision de la charte et quitta une première fois le pouvoir, le 13 mars 1831, a, la suite de dissentiments avec Laffitte. Il rallia facilement les doctrinaires de la Chambre au ministère Périer, après !a mort duquel il forma, à la suite de quelques remaniements transitoires, et avec MM. Thiers et de Broglie, le cabinet du 11 octobre 1832, qui dura quatre années, avec quelques changements partiels. Il nous apprend lui-même qu’il avait déjà alors, au lendemain même de la révolution, conçu le système de cette politique de répression et de résistance qu’il pratiqua plus tord, et que même il ne sortit du ministère que pour ne pas céder à la tentation de le pratiquer trop tôt. « Nous étions sortis des affaires, écrit-il, Convaincus d’une part que M. Laftitte et ses amis étaient plus propres que nous à traverser le périlleux défilé du procès des ministres ; de l’autre, qu’il fallait que la politique de laisser-aller tut mise à l’épreuve des faits et condamnée, non par nos seuls raisonnements, mais par sa propre expérience, o

Avec le cabinet du 11 octobre, son rôle actif commença. Ministre de l’instruction publique, il était peu fait pour rester confiné dans sa spécialité. Par l’influence considérable qu’il prit dans le conseil et dans le gouvernement, par ses luttes de tribune, il eut une large part à tous les événements politiques de ce temps si agité. En soutenant toutes les mesures de répression et toutes les lois restrictives de la liberté contre la presse, les associations, etc., il était d’ailleurs fidèle à ce matérialisme gouvernemental qu’il avait combattu quand la Restauration l’appliquait, mais qui était le fond même de ses propres théories, II a toujours, en effet, conçu l’autorité comme une force.indépendante, ayant en soi sa raison d’être, et vivant d’une vie séparée, en butte aux attaques perpétuelles des factions. Cependant il eut la gloire d’associer son nom a l’organisation de l’instruction primaire : adversaire systématique et résolu de la démocratie, il n’en eut pas moins la noble inconséquence de contribuer à. la doter de l’instrument de sa grandeur future et de ses progrès. Telle est 1 invincible puissance de la vérité.

Une autre justice-qu’il faut lui rendre, c’est qu’il fut un des ministres les plus laborieux du gouvernement de Juillet. Accoutumé, comme professeur et comme écrivain, à un travail opiniâtre, il porta dans la vie publique et dans les labeurs du pouvoir cette énergie intellectuelle et ces mâles habitudes. On aie droit d’apprécier diversement les résultats de cette activité, mais cette activité même ne saurait être contestée. En ce qui touche son ministère, on peut voir dans ses Mémoires un résumé de ses travaux et des améliorations qu’il a introduites dans l’enseignement public. Bien des choses, dans cet ensemble, ont été critiquées, et, sans doute, méritaient de l’être ; notre cadre ne nous permet pas d’entrer dans des questions tout ù. fait spéciales ; mais, en somme, ce qu’on doit reconnaître, c’est que, comme ministre de l’instruction publique, M. Guizot avait une vraie compétence et une supériorité incontestable.

Sorti du-ministère le 22 février 1S3G, il y rentra le 6 octobre suivant, sous la présidence de M. Mole, fut écarté le 15 avril 1837 et se rejeta dans l’opposition ; non pas, bien entendu, dans une opposition franche et déclarée, mais dans les intrigues mesquines des petites coter.es parlementaires.

Ici se place 1 épisode de la coalition, une des grosses affaires du règne de Louis-Philippe. On sait qu’il n’y avait au fond de cet imbroglio qu’une guerre de portefeuilles. Guizot, Thiers et Ouilon Barrot, ne pouvant se résigner à sou.enir un ministère dans lequel aucun d’eux n’avait de part, se réunirent pour le renverser, quitte à se di- I viser de nouveau après la victoire. On s’est ’ beaucoup élevé contre cette alliance entre des adversaires déclarés, parce qu’en effet elle ne fut qu’une ligue d’ambition. M. Gui- t zot, surtout, en reçut.une grave atteinte, parce qu’il parut ainsi démentir ses principes et qu’il porta la désorganisation dans le parti du gouvernement, dont il se prétendait le chef. Quoi qu’il en soit, ce coup de Jarnac parlementaire fut mortel au ministère Mole. M". Guizot, toutefois, n’entra pas dans le nouveau ministère. Nommé ambassadeur à Londres (février 1840), M. Guizot, à demi Anglais fiar l’éducation, les sentiments, la religion, es mœurs, enfin par quelques-uns de ses,

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I grands travaux littéraires, ne pouvait mau| quer d’être bien accueilli par l’aristocratie I britannique, malgré la simplicité bourgeoise de ses manières. Mais son rôle diplomatique I fut loin d’être brillant. On sait, en effet, que la question d’Orient se trancha sous ses yeux , pf.r le traité du 15 juillet, qui excluait la j France de la manière U plus blessante et I sans que l’homme d’État qui la représentait

! à Londres parût se douter d’un acte aussi
; grave.

’ C’est sous la triste impression de cet évé nement qu’il fut de nouveau appelé au minis-I tère, en remplacement de M. Thiors (20 octobre 1S41). Cette fois il eut le portefeuille des ] affaires étrangères et la direction réelle du cabinet, sous la présidence nominale du maréchal Soult. C’est surtout a partir de ce moment qu’il appliqua son système de gouvernement d’une manière complète. Ce système est bien connu, et il -a souvent été résumé de la manière suivante : à l’intérieur, domination exclusive de la classe bourgeoise ou plutôt propriétaire, résistance obstinée à toute réforme politique ; au dehors, préoccupation constante d’éviter tout conflit, même au prix de quelques sacrifices d’amour-propre ; c’est ce qu’on a appelé sévèrement la paix à lotit prix. Au reste, on peut dire que, pour M. Guizot, les questions extérieures étaient secondaires ; et c’est, peut-être la première fois qu’on eut le spectacle curieux d’un ministre | des affaires étrangères occupé presque exclusivement des choses de l’intérieur, ou du , moins en faisant l’affaire capitale de son administration. Sa théorie du gouvernement

, était d’une simplicité élémentaire : au dedans, avoir la majorité ; au dehors, la paix. Les 220,000 électeurs qui composaient le pays légal étaient pour lui toute la nation, du moins la seule portion dont un homme d’État sérieux dût tenir compte, la seule qui dût avoir part au gouvernement de la chose publique. On connaît le fameux précepte de M. Guizot- : Enrichissez - vous. C’était le premier mot comme le dernier du système. On sait aussi de quelle manière hautaine l’orgueilleux ministre parlait des classes laborieuses : ■ Le travail pénible, répugnant et mal rétribué, disait-il, est, pour le peuple, un frein nécessaire. »

C’est ainsi que ces docteurs du torysme bourgeois résolvaient les délicates questions soulevées par le génie de la démocratie française ; c’est à ce degré de dessèchement des facultés morales qu étaient descendus ces fils des affranchis de 1789 ! Jamais les aristocraties véritables n’étaient allées plus loin dans l’orgueil et le mépris.

Ne tenant compte que du fait gouvernemental et méprisant les idées qu’en d’autres temps il avait au moins paru ménager, appuyé sur son oligarchie d’électeurs privilégiés et traitant la presque totalité de la nation comme une cohue de parias politiques, dirigeant les affaires publiques dans un sens contraire au génie de la France et aux aspirations légitimes de la démocratie, M. Guizot n’a recueilli de sa longue administration qu’une impopularité restée fameuse, et qui fut la vraie cause qui amena la chute de la monarchie constitutionnelle. La reine, les princes, les serviteurs les plus dévoués de la dynastie prévoyuient ce dénoùment et en gémissaient. Mais malgré !a catastrophe prédite, malgré les leçons cruelles des événements, lui-même s’est toujours et imperturbablement applaudi de sa conduite, et ses

Mémoires mêmes ne sont que l’apologie de son système et de sa personne, à ce point qu’un homme d’esprit de son propre parti a pu les intituler plaisamment : }’Uistoire de quelqu’un qui ne s est jamais trompé.

L’orgueil, un orgueil iiui ai table, hautain, dominateur, est, en effet, un des traits les plus saillants de cette physionomie. Déjà, en 1838, Cormenin pouvait écrire de 1 ji : « La profonde estime et le contentement inaltérable qu’il a de lui-même remplissent trop son aine pour y laisser quelque place à d’autres sentiments. Il s’enfoncerait la tète la première dans l’Océan, qu’il ne conviendrait pas qu’il se noie ; et il croit à sa propre infaillibilité avec une foi violente et désespérée. » (Livre des orateurs.) Sans entrer ici dans le détail des événement, qui trouveront leur place naturelle à l’article I.ouis-Philippe, nous rappellerons sommairement la part de M. Guizot dans quelques-uns des épisodes de cette histoire qui forme la dernière période du règne de co prince.

Au commencement de l’année 1842, M. Guizot fit reje.er le projet de loi sur les incompatibilités parlementaires e : la proposition pour l’adjonction des capacités sur les listes électorales. Puis vint la dissolution de la Chambre, l’arrivée d’une majorité plus compacte et plus docile, le vote de la loi de régence, l’entente cordiale avec l’Angleterre, compromise par la prise de possession de Taïti (1843), et rétablie par la houteuse indemnité accordée à Pritchard ; l’amitié dédaigneuse de la Russie achetée par d’autres concessions, sous l’influence, disait-on, de la princesse de Liéven. Grâce au système de la paix à tout prix, la Russie, cela est notoire, put préparer de longue main ses’entreprises sur Coustantinople et accumuler pour nous les embarras de ce côté.

En même temps, la formation des premières grandes compagnies de chemins de fer donnait lieu à de scandaleux agiotages, et la