Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/124

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comme une sorte de précurseur, d'annonciateur de la mort. Le jour suivant, la fièvre persista ; déjà Caussette commençait de ressentir un point de côté et de la dyspnée. Jean, lorsqu'il vit sa mère respirer si difficilement, imposa sa volonté à la malade et courut chercher le médecin. Celui-ci diagnostiqua une fluxion de poitrine. La température du corps s'élevait à quarante degrés et une toux sèche secouait, par intervalles, la poitrine de la vieille femme. Aux questions de Coste, le médecin hocha gravement la tête :

— C'est très sérieux, — dit-il, — surtout à cet âge ; mais qui sait? malgré sa maigreur, votre mère est très robuste encore et elle peut se tirer d'affaire.

Dans son lit, Caussette semblait derechef très inquiète. Toutes ces allées et venues autour d'elle lui étaient importunes. Dès que la femme de ménage, son fils ou sa bru pénétrait dans sa chambre, l'aveugle se soulevait sur son coude et d'une voix brusque et rauque demandait ce qu'on lui voulait. Haletante, elle gardait cette attitude méfiante, écarquillant ses yeux blancs toujours comme dans un effort pour y voir, tendant l'oreille comme pour surprendre le moindre mouvement. Puis une quinte de toux l'abattait sur son traversin, et, dans sa poitrine oppressée, on entendait crépiter un râle de mauvais augure.

Tant de méfiance et tant de rudesse attristaient Jean et blessaient son cœur au vif. Il se sentait impuissant à rassurer sa mère que hantait la pensée affreuse d'un vol, dont il était, certes, incapable, mais qu'elle s'obstinerait toujours à croire possible. Quelquefois l'idée sombre, depuis longtemps venue à Louise, que la mort de Caussette aurait pour conséquence immédiate de mettre fin à leurs soucis d'argent, s'insinuait soudain traîtreusement en lui. Il se hâtait de la repousser avec horreur, se croyant coupable d'avoir pu seulement l'accueillir, ne fût-ce qu'une seconde. Et dans ce cruel désarroi de tous ses sentiments d'affection et d'hon-