Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/126

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qu'accompagnait le râle sibilant qui chantait dans sa poitrine, sans cesse, et produisait une fréquente expectoration rougeâtre. La dyspnée augmentait ; à chaque inspiration, les narines se dilataient ; on percevait comme un glougloute- ment d'air s'échappant d'un liquide. Les pommettes de la malade étaient rouges et brûlantes ; la face injectée laissait transparaître une teinte rouge sombre sous la peau hâlée par les soleils et les vents de tant d'années de labeur. Le médecin, venu dans l'après-midi, trouva le pouls petit, irrégulier ; la température du corps couvert de sueurs abondantes restait au-dessus de quarante degrés, autant de fort mauvais signes, déclara-t-il . Et même il demanda si la malade n'avait pas commencé à délirer et sur la réponse négative de Jean, il ajouta :

— Ça ne tardera guère; c'est grave, très grave.

Le soir, Jean était seul à veiller dans la cuisine. Dix heures venaient de sonner au clocher de l'église et les vibrations du métal s'éteignaient à peine au fond du grand silence nocturne. Soudain, Coste entend le choc d'un bol sur le carreau de la pièce voisine. Étonné, il se lève et, doucement, avec précaution, pénètre dans la chambre. La porte à peine poussée s'ouvre sans bruit.

À la lueur de la chandelle qu'il tient dans sa main, il voit un spectacle terrible. L'aveugle a quitté son lit. En chemise, laissant voir la nudité flétrie de son sein et de ses jambes maigres, elle est quasi allongée sur sa malle, les bras étendus comme pour la protéger. Les dents claquent de froid et de fièvre, la figure est toute décomposée par la maladie et par une atroce épouvante.

— Mais vous êtes folle ! — s'écrie Jean à cette vue, — ô ma mère ! ma mère !

— Ah! brigand, voleur! — siffle la vieille d'une voix hoquetante. — Je ne m'étais pas trompée... tu l'écoutes, ta coquine de femme... Tu étais là, pour me prendre mon