Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/15

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sa peau fine, réticulée de veines bleues autour des tempes et sur le front, son nez droit, aux narines roses et frémissantes, ses dents superbes et surtout ses yeux bruns, mi-clos et si souriants, en faisaient une créaturette charmante. Elle, de son côté, ne le trouvait pas trop désagréable, — car elle le regardait du coin de ses yeux rieurs et avec une gaucherie adorable. Louise avait alors dix-sept ans et on ne lui connaissait pas d’amoureux. Aussi se montrait-elle flattée des attentions et des prévenances polies de ce grand garçon, un monsieur aux mains blanches, un « professeur », tant désiré comme bon ami par toutes les grisettes de Peyras, alléchées depuis son arrivée, car, quelques années auparavant, elles avaient vu l’une d’entre elles devenir une dame, en se faisant épouser par un instituteur.

Elle, très fière de plaire et de se croire déjà distinguée, lui, très galant auprès de cette belle enfant, ils avaient gentiment babillé et avaient fini par se regarder tendrement. Tant il y a, qu’au retour des deux amoureux, Marcel et Rosette, égarés sous les saules, ils se sentaient d’accord et commençaient même à fleureter ensemble. A le voir si vite épris de sa joliesse, Louise en oubliait qu’il était un peu bigle. Quand ils se séparèrent à l’entrée de la ville, ils se serrèrent fortement la main, échangèrent un long regard d’intelligence et se promirent de se retrouver le dimanche d’après, aux berges du fleuve, rendez-vous habituel des amoureux de Peyras…

Ces lointains souvenirs, rapidement évoqués, étaient très doux au cœur de Coste et l’attendrissaient encore. Souriant à ce cher passé, l’instituteur leva les yeux. Il était, en ce moment, devant le magasin de mercerie où Louise travaillait autrefois. Et, de nouveau, les tremblantes images du passé se précisèrent devant ses yeux.

Il revécut alors les soirs d’hiver qui suivirent les blondes après-midi d’automne où Louise et lui arrivèrent, peu à peu, à tant s’aimer, sous les ombrages jaunis et cois de la plaine