Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/28

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toire ! Il est temps que nous ayons notre chemin de fer… Oh ! ce gouvernement !… c’est triste…

Tous opinèrent de la voix et du geste.

La diligence s’ébranlait, durement secouée sur les pavés. Le silence se fit.

Jean et Louise, confus, n’avaient rien dit. Mal assis, ils étaient au supplice, les enfants collés contre eux.

On sortit de la ville. La voiture roula doucement sur une belle route, bordée de platanes.

Les conversations reprirent ; les yeux s’humanisèrent. Jean et Louise sentirent fondre l’hostilité des regards. Inconnus, on les examinait curieusement. On les interrogea. Jean répondit poliment. On admira les enfants, vraiment beaux sous leur chevelure bouclée. Louise sourit alors, flattée de ces louanges.

Le crépuscule vint ; on courait dans une plaine de vignes où traînait un reste de jour sale, qui se mourait.

La pluie redoubla. Elle crépitait aux vitres des vasistas, rayant la campagne rétrécie et déjà confuse. La nuit se fit tout à coup dans la voiture où se dégageait peu à peu une odeur d’haleine viciée, d’étoffes et de cuir mouillés. Louise en eut le cœur soulevé ; on dut ouvrir un moment pour lui donner de l’air pur. Les voix se turent ; bientôt un ronflement arriva d’un coin, dominant le bruit trépidant de la diligence.

Gênés dans leurs mouvements, n’en pouvant plus de fatigue, Paul et Rose se soutenaient avec peine sur leurs petites jambes moulues. Ils recommencèrent à se plaindre, dans ce noir. Sur une injonction sèche de leur mère, ils se reprirent à pleurnicher.

Jean entendit Louise bougonner à nouveau. Il se dépita à son tour. D’un geste brusque, il secoua Paul et lui ordonna, à voix basse, de se taire. L’enfant sanglota doucement, puis s’endormit contre l’épaule de son père. Rose devait dormir