Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/31

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V

Le lendemain, de bonne heure, Coste était éveillé. Sous la fenêtre de la chambre, les coqs chantaient, les poules caquetaient, les canards canquetaient et tous ces bruits de bassecour bercèrent un instant la paresse et les idées vagues de Jean. Il se leva ensuite avec précaution, afin de ne pas troubler le repos de Louise. Mais celle-ci avait le sommeil si léger qu’elle entr’ouvrit les yeux, dès qu’elle n’eut plus la sensation confuse que le corps de son mari était étendu près d’elle.

Elle s’étira et souleva la tête. Ses beaux cheveux bruns ruisselèrent sur ses épaules et encadrèrent sa figure pâle.

Une bande de soleil, aux atomes dansants, égayait la chambre et la coupait de guingois.

Louise regarda son mari et lui sourit. Du coup, Jean oublia les maussaderies de la veille. Il se sentit gai, réconforté et repris par son insouciance coutumière.

— Quelle heure est-il ? — dit Louise en bâillant.

— Bientôt sept heures.

Il s’approcha du lit et donna à sa femme le baiser du réveil. Elle le lui rendit affectueusement et lui noua les bras autour du cou, comme pour solliciter le pardon de sa bouderie.

— Tiens, il ne pleut plus ?

— Heureusement ; vois, il fait un temps superbe.

Il écarta les rideaux effilochés et d’un blanc jaunâtre qui masquaient les vitres. En face de la fenêtre, un mur, fraîchement badigeonné au lait de chaux, éclatait de soleil.

Louise sourit encore. Jean, de la clarté dans l’âme, se mit à fredonner.

— Mais tais-toi, étourdi… tu vas réveiller les enfants.