Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/46

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solitude et le silence de la chambre, elle enfouissait sa tête au creux de l’oreiller et, secouée de gros sanglots, pleurait amèrement le passé.

Jean la surprenait souvent au milieu de ces crises de larmes, alors qu’il venait, entre temps, s’assurer de son état. Il la grondait avec des câlineries, mais, maladroit, ne réussissait pas toujours à l’apaiser, à la consoler. Tendrement, il lui conseillait de sortir, de promener les enfants autour de Maleval, de profiter pour se distraire de ce beau temps d’automne.

Elle y consentit. Une après-midi, se sentant mieux, elle emmena Rose et Paul, joyeux de cette sortie inespérée. Mais lorsqu’en traversant le village, elle se vit le point de mire de tous les regards, ne put accrocher le sien à des aspects coutumiers, l’arrêter, le reposer sur une figure connue ou amie, elle n’y résista point. Les yeux pleins de larmes, entraînant vers la maison ses enfants étonnés de ce brusque retour, elle revint précipitamment chez elle, rêver au pays natal, énervée aux paroles consolantes de son mari.

Cependant Jean s’entêta, inquiet. A tout prix, il voulut l’arracher à ces songeries déprimantes, coupées de plaintes puériles. Le dimanche et le jeudi, jours de congé, il réussit à l’entraîner hors de la maison où elle se consumait en nostalgiques regrets. D’abord, ils s’écartèrent du village, loin des regards curieux, qui étaient une souffrance pour Louise. La paix automnale des champs qui, sous les splendeurs roses des crépuscules, semblaient déjà plongés au grand rêve si proche des hivers ; le recueillement des combes, dont les échos endormis s’éveillaient aux appels des enfants amusés ; l’isolement des blanches routes, bordées de platanes roux ; les haltes dans les taillis de chênes-verts d’où, à leur approche, les merles s’enfuyaient avec des cris apeurés, resserrèrent leur intimité et ramenèrent lentement un peu de quiétude et d’oubli dans l’âme frissonnante et endolorie