Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/48

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« Allons, la voilà acclimatée, » se disait Jean. Il constatait avec satisfaction le changement qui s’opérait. Cependant, Louise aurait voulu se lier avec l’institutrice ; mais mademoiselle Bonniol, très discrète, restait à l’écart. La vieille demoiselle se montrait toujours aimable et souriante dans leurs rencontres. Mais un peu maniaque, adorant son chez soi, elle sortait rarement. Sa classe faite, elle se claquemurait dans son logement, où on l’entendait tout le temps causer puérilement avec son bel angora blanc ou avec ses canaris en cage. Dévote, mais sans air revêche, elle allait prier à l’église tous les soirs, ou tricoter avec la sœur du curé, son amie, une vieille fille de son âge. Pourtant, de temps en temps, elle se glissait timidement chez Coste, apportait des sucreries à Rose et à Paul et les emmenait chez elle ; ce qui ravissait surtout Rose, qui aimait tant le « moumou blanc et les zoizeaux jaunes » de mademoiselle.

Si Louise parlait de moins en moins de Peyras, elle donnait à Jean d’autres soucis. L’époque de sa délivrance approchant, sa fatigue augmentait. A cause de sa faiblesse croissante, elle n’était plus d’aucune utilité dans la maison. Tout le dernier mois, elle le passa, sans remuer de sa chaise basse. Heureusement les propos médisants des voisines, empressées autour d’elle, la distrayaient. Jean, en dehors des heures de classe, ne la quittait plus, la baisottant sur les yeux, lui prodiguant ses tendresses inépuisables. Attentif à ses gestes, soumis à tous ses caprices, il corrigeait à ses côtés les devoirs d’élèves ou grossoyait les arrêtés du maire ou les pièces du secrétariat.

Certes, le pauvre garçon aurait eu besoin, lui aussi, de repos, de vie calme. Il ne le sentait souvent que trop. Faute de temps pour la préparation des leçons, il se trouvait parfois embarrassé, hésitant devant ses élèves. Mais, tout en se le reprochant, il s’avouait l’impossibilité de faire autrement.

L’argent manquait ; on ne prenait une femme de ménage