Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/83

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XII

À la certitude que son dernier espoir s’effondrait, l’accablement de Jean fut immense. Pourtant, il n’eut pas une révolte, se sentant coupable d’aveuglement, traitant sa sotte confiance d’imbécillité. Oui, imbécile que de s’obstiner à espérer l’irréalisable ! Prendre pour un banquier le filou qui l’avait si bien grugé ! Comme si l’on avait jamais vu des banquiers, cousus d’or, faire des avances, offrir de l’argent à de pauvres hères comme lui ! Vraiment, la misère rend stupide ! Son insouciance lui paraissait coupable. Avec ces dix francs, les bonnes chaussures qu’il pouvait acheter à Rose et à Paul ! Et cette pensée lui fut si cruelle, qu’il se mit à verser de silencieuses grosses larmes.

Coste aurait voulu entretenir Louise dans ses illusions ; mais le pourrait-il longtemps encore ? Aussi il préféra lui tout raconter. Ce fut une nouvelle scène déchirante ; mais son cœur repentant, plein d’amour et de pitié pour la faible créature, sut trouver des paroles si douces, des consolations et des caresses si tendres que Louise, pleurante sur l’épaule de son mari, finit par lui sourire et murmura, en se blottissant plus avant dans ses bras, pour tout reproche :

— Oh ! mon ami, que tu es bon… oh ! mon Jean, que nous sommes malheureux !

Ces simples mots firent du bien à Coste. De nouveau il courba la tête sous le joug pesant, heureux dans son malheur d’aimer ardemment et d’être aimé. Et néanmoins plus que jamais l’argent manquait dans la maison où errait l’aveugle, toujours méfiante, car elle cherchait en vain à s’expliquer les silences de son fils et de sa bru, après leurs éclats de gaieté et leurs expansions des semaines précédentes.