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LES GAIETÉS DU CONSERVATOIRE


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Dans une très petite paroisse des environs de Paris, il y a une quinzaine d’années, les rares fidèles capables de quelque observation sagace en matière musicale remarquaient avec étonnement que leur organiste avait la manie persistante de toujours terminer l’Entrée par un pianissimo absolu, et de commencer de même la Sortie ; cela contrairement à tous les usages et aux lois du plus simple bon sens. Pour une fois, ce procédé pouvait passer à la rigueur comme une originalité admissible, d’un caractère étrange et favorisant peut-être le recueillement, mais renouvelé non seulement tous les dimanches, mais aussi à toutes les messes de mariage et puis encore à tous les enterrements pendant plusieurs années, cela devenait abominablement fastidieux et semblait dénoter chez l’organiste une faiblesse d’invention déplorable ou un attachement singulier à cette forme bizarre pour des morceaux qui, généralement, débutent et se terminent avec tout l’éclat et toute la pompe possible.

La raison de cette anomalie n’a jamais été connue de qui que ce soit, et seul je puis la révéler, ayant reçu la confession de l’organiste, qui était de mes élèves. Pas des plus brillants, mais un bien bon garçon.

A l’époque de sa naissance, son père, qui cumulait les fonctions de bedeau, de sacristain, de fossoyeur, de sonneur de cloches, de souffleur d’orgue et… de savetier (on lui avait laissé s’organiser une échoppe dans un recoin, à mi-hauteur du clocher), son père, dis-je, avait déjà un autre fils de six ou huit ans, qui allait à l’école des frères. Par la suite, cet aîné ayant