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LE GRAND SÉPULCRE BLANC

jet blanc, luisant. Il s’en saisit et fut tout surpris de constater qu’il était d’ivoire poli et sculpté d’une manière toute originale. C’était une amulette esquimaude, de la forme d’un trident. Il s’étonna quelques instants, ne comprenant comment cet objet avait été placé là. Une lueur se fit en son intelligence :

« Mes sens ne m’avaient pas trompé. Elle est venue ! »

Il porta affectueusement le petit objet à ses lèvres et le mit dans la poche intérieure de son gilet.

Secouant sa torpeur, il se leva, installa son magnétomètre et pendant une heure se livra à son labeur. Pour lui, c’était la satisfaction du devoir accompli, car s’il eût écouté ses sens endoloris et fatigués, il eût remis au lendemain ce travail absorbant.

Ses observations terminées, il fit haut cette réflexion : l’éducation donnée par les moines a sa valeur, elle nous apprend que l’esprit doit dominer la matière.

Il monta sa tente, y étendit son édredon et mit tout en ordre pour un repos bien mérité. Pour préparer son souper il ne trouva pas trop prosaïque sa lampe à pétrole. En vaquant à ses différentes occupations il fut tout surpris de constater dans le nord-est un effet de lumière des plus curieux. L’examinant attentivement, il vit que c’était un arc-en-ciel triple, dont la vignette ci-jointe expliquera, mieux que toute description, la forme originale et tout à fait inusitée. Partant d’une base unique, l’arc principal montait au zénith dans la direction de l’ouest. De cet arc-souche, un autre, plus court, s’allongeait vers l’est, entrecoupé par un autre parallèle au premier.


Lavoie - Le grand sépulcre blanc, 1925, illust 03.png

Après un repas sommaire, Théodore mit ses notes à point. Il se dévêtit, étendant sur les cailloux ses habits mouillés et boueux pour que le soleil les y séchât.

« Au diable ours et loups, Pyré. Nous allons dormir comme des bienheureux. Viens, je vais même te donner un coin de ma couverture. Il est déjà dix heures. C’est embêtant ces journées de vingt-quatre heures de clarté. Demain, il y aura six jours que nous sommes ici. Peut-être verrons-nous arriver le bateau. Tu seras content de revoir le petit terrier qui t’amusait tant, et moi, oui, je serai enchanté du changement. Cette solitude commence à me fatiguer ».


CHAPITRE VI

NOUVELLES EXPLORATIONS


L’infini sous mes pieds reflétait l’insondable ;
Des lueurs y flottaient comme dans un miroir.

Victor Hugo.


« Hup ! hup ! Vous êtes bien paresseux ce matin, Monsieur l’ingénieur. »

Ce fut la voix joviale et rude du bon capitaine Bertrand qui l’éveillait. Il était tout surpris du sommeil profond dans lequel était plongé Théodore.

Savez-vous qu’il est déjà dix heures ? Le bateau est au large depuis une heure. Nous avons tout fait pour attirer votre attention mais inutilement. L’écho seul nous a renvoyé les cris de la sirène. Nous ne pouvions distinguer votre tente. Votre chien n’était pas plus visible. J’ai eu quelqu’inquiétude à votre sujet. Les jeunes gens sont si imprévoyants.

« J’ai tenu à débarquer moi-même pour m’assurer que rien d’insolite ne vous était arrivé. Mais, que diable dans quelle flaque de vase vous êtes-vous roulé ? »

« Je ne me suis pas roulé dans la vase, capitaine. Je ne sais ce que vous voulez dire. »

« J’ai vu vos habits avant d’entrer. Ils sont recouverts d’une couche de glaise se détachant par galettes. Regardez, votre chien aussi est tout crotté ! »

Un bon rire s’échappa de la poitrine de l’ingénieur, son escapade de la veille lui revenait à la mémoire.

« Je suis allé visiter le grand plateau de l’île et j’ai eu un peu de difficultés à redescendre. »

« Vous êtes fou ! vous auriez pu vous tuer ! Ignorez-vous que l’escalade de l’île n’est possible que dans ses parties ouest et nord ? Vite, habillez-vous ! Et voilà ce qui va