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LE GRAND SÉPULCRE BLANC

portés par les Esquimaux et des jeux auxquels ils participent.

Les vêtements d’été et d’hiver sont faits de peaux. Pour l’hiver, la peau de caribou est employée. Le costume des deux sexes se compose de deux capots, de culottes, de bas et de souliers. Ils portent deux costumes, celui de dessous, le poil en dedans, et celui de dessus, le poil en dehors. Le capot d’homme descend en bas des hanches. Il n’a pas d’ouverture, de sorte qu’il se passe par dessus la tête. Y attaché se trouve le capuchon formant coiffure. Cet habit, il s’appelle le « coulétang » et les femmes y déploient leurs talents en y cousant des lisières de couleurs différentes, et une frange au bas. Les culottes sont larges, n’ont pas d’ouvertures, descendent au genou, et sont retenues à la ceinture par une corde en babiche. Les bottes, qui s’useraient très vite à la marche sont protégées par un mocassin de peau de phoque.

Le costume des femmes consiste en vêtements analogues à ceux des hommes, mais d’une coupe différente. Le « coulétang » est plus ample, le capuchon plus grand et plus profond, car la mère y porte son enfant jusqu’à l’âge de deux ans. Ces coulétangs portent en avant un tablier descendant jusqu’aux genoux et une queue plus longue en arrière. Les Esquimaux voyageant en hiver enlèvent vêtements extérieurs et sous-vêtements lorsqu’ils se couchent. Ceux-ci sont placés sur l’iglou afin que le froid y enlève toute humidité, vu qu’il n’y a aucun autre moyen de sécher les effets mouillés. S’habiller le matin, lorsque le thermomètre enregistre de 40 à 50 degrés sous zéro n’est pas un très agréable passe-temps.

En été, hommes et femmes ne portent qu’un seul complet, plus léger que ceux portés l’hiver, et fait de peau de phoque. Les bottes sont alors imperméables et semelées de peau de morse très épaisse pour protéger le pied en marchant sur les cailloux de la grève. Les deux sexes portent les cheveux longs, les hommes les laissent flotter sur le dos, les femmes les relèvent en tresses. Les hommes portent la barbe en tant que celle-ci veut bien croître. Ils ne s’épilent pas.

Les Esquimaux croient au proverbe : « Mens sana in corpore sano », car lorsque leur temps n’est pas pris par la chasse ou le travail, ils ont quantité d’amusements pour s’égayer. Ils aiment à badiner, sont moqueurs et saisissent vite une pointe. Le football est l’amusement populaire, hommes, femmes et enfants y jouent. Le ballon est fait de poils de caribou. Parmi les amusements intérieurs il y a quantité de jeux d’adresse exécutés avec des ficelles. Une étude illustrée très intéressante par Monsieur Jenness a été publiée au cours de l’année par le ministère de la Marine à Ottawa. Ils ont un jeu d’osselet dont les jetons sont en ivoire sculpté, représentant des animaux et des oiseaux aquatiques, mais ils n’ont pas de jeux de hasard.

Les fillettes, comme celles des pays civilisés, s’amusent partout à jouer à la maman.

Les fêtes chantantes sont des concours entre virtuoses des différentes tribus. Pour l’ouverture de ce grand opéra, un vieillard se place au centre de l’espace laissé libre par les spectateurs. Il prélude par un entrechat tout à fait gracieux, sautillant légèrement. Sa femme entonne alors le chant, les autres femmes de la bande l’accompagnant, en chœur. L’air est limité à trois notes à peu près, en clef mineur. Le refrain invariable après chaque portée, répété deux fois est « Ai-Yia-Yaé-y-ai-y-ai-y-aé ». Le chant appartient à l’homme et est de sa composition, sur une mesure s’adaptant à l’air chanté. Les sentiments ainsi exprimés sont ceux de l’amour. Les chasses, les saisons et certains états d’âme intimes sont quelquefois rendus d’une manière très poétique et tout à fait originale.

Dès qu’un artiste est fatigué, il est remplacé par un autre et le tournoi se continue ainsi des heures durant.


Note de l’auteur. — Pour la rédaction de ces deux chapitres, outre ses nombreuses notes personnelles, l’auteur a aussi eu recours aux différents rapports des expéditions arctiques 1903-1904, 1908-1909 publiés par le Ministère de la Marine. Toutes ces observations ont été contrôlées par l’auteur qui vécut plusieurs mois, seul, avec les Esquimaux, se pliant à leurs coutumes, usages et mœurs.


CHAPITRE XIV

L’AURORE


Glorifiez le Seigneur, et invoquez son nom ;
Faites connaître, ses œuvres parmi les peuples,
Chantez-le et jouez du psaltérion en son honneur,
Et racontez toutes ses merveilles.

I, Paralipomènes XVI, 8-10.


Le douze janvier au midi, les habitants du