Page:Lavollée - Marivaux inconnu, 1880.djvu/50

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meilleur roman. On reconnaît en elle une œuvre de prédilection, une de ces figures dessinées avec amour, que leur auteur conçoit en un jour de bonheur et de verve, dont il se plaît à tracer le pur et tendre profil, et pour lesquelles il se passionne comme Pygmalion pour sa statue. Telle est bien Marianne, pure et tendre jeune fiile, dont les aventures aujourd’hui oubliées firent verser tant de larmes aux contemporains de Marivaux et tinrent sous le charme toute une génération. Elle aurait eu droit à une place dans cette brillante galerie de personnages romanesques que nous a léguée le dix-huitième siècle. Digne sœur de Manon Lescaut et du Doyen de Killerine, elle a le mérite d’être leur aînée, et elle garde sur eux l’avantage de la pureté morale. Â ce point de vue, elle ne saurait être comparée qu’à Clarisse Harlowe et à Paméla, auxquelles elle a dû servir de modèle. Belle comme elles, innocente et ignorante comme elles, la pauvre fille s’est trouvée jetée, dès son entrée dans la vie, au milieu de toutes les embûches du vice et de tous les dangers de la misère. Rien de plus touchant que son histoire. Orpheline de noble race, elle ignore son origine, et elle est élevée pauvrement, par chanté, à la campagne ; ses parents adoptifs meurent au moment où une circonstance fortuite vient de rappeler à Paris, et elle reste seule, sans appui, sans conseils, perdue dans cette ville immense, avec peu d’argent, trop de beauté et toute l’inexpérience de ses dix-huit ans. D’abord placée comme fille de boutique chez une lingère, Mme Dutour, elle est exposée aux attentions perfides d’un taux dévot, M. de Climal, et elle s’éprend d’un jeune homme riche et de noble naissance, Valville, qu’un accident lui a fait connaître et dont l’amour ardent, sincère et’ pur,.quoique inconstant, la sauve de sa propre coquetterie. Leur union devait évidemment, dans la pensée de Marivaux, couronner le roman, et elle le termine, en effet, dans la conclusion que lui a donnée Mme Riccoboni ; mais que d’épreuves traverse la malheureuse Marianne avant d’atteindre le but tant désiré ! Valville est le neveu de M. de Climal : il soupçonne quelque intrigue entre son oncle et Marianne et rompt avec la jeune fille. Quand Marianne le retrouve, après avoir chassé son indigne protecteur et quitté Mme Dutour, c’est chez sa mère, M"’® de Miran, qui l’a généreusement recueillie dans sa détresse ; elle n’a pas de peine à convaincre le fils et la mère de son innocence, qui est, du reste, hautement reconnue, peu de temps après, par M. de Climal mourant. Un autre obstacle s’oppose cependant encore à la réalisation de ses vœux : elle craint d’abuser de l’hospi-