Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/365

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


font alliance avec les gouvernements pour l’empêcher de voir la lumière, partout où domine le Talmud ; dans cet orient de l’Europe où règne encore l’antisémitisme légal. Dans l’Europe occidentale, où le Talmud est désormais ignoré, où le hèder juif a été remplacé par l’école, cette haine a disparu, dans les mêmes proportions qu’a disparu la haine du chrétien contre le Juif. Car il ne faut pas l’oublier, si l’on parle souvent de l’animosité du Juif contre le chrétien, on parle rarement de cette animosité du chrétien contre le Juif, animosité qui persiste toujours. Le préjugé, ou pour mieux dire les préjugés contre les Juifs, ne sont pas morts. On croit encore à l’odeur juive, un antisémite allemand a même déclaré que le pape Pie IX était juif, et qu’il l’avait reconnu en flairant la pantoufle que le pontife lui donnait à baiser. Certains ont gardé confusément la croyance aux infirmités spéciales des Juifs ; à côté d’une médecine antisémite, se vouant à la recherche des maladies juives, il y a des écrivains qui dissertent gravement sur les types des tribus juives[1]. On retrouve dans les livres antisémites toutes les assertions des pamphlets du Moyen Âge, que déjà le dix-septième siècle avait repris, assertions que corro-

  1. M. Edouard Drumont par exemple, dans La France juive, t. 1, p. 34-35. Pour la beauté de sa démonstration, M. Drumont a même imaginé une tribu nouvelle, dont il est le premier à parler : la tribu de Jacob, et il en détermine sans hésiter les caractéristiques bien que, dit-il, « dans l’état actuel de cette science embryonnaire, on ne peut formuler aucune règle précise ». Je le crois aisément.