Page:LeMay - Les gouttelettes, sonnets, 1904.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
215
SUR LES EAUX



LE DÉPART


L’ancre monte du fond. Tes anneaux de la chaîne,
D’où ruissellent les eaux, apparaissent flambants.
Dans le ciel, des rayons qui semblent des rubans
Annoncent aux marins la bourrasque prochaine.

Ta voile se déroule au mât grand comme un chêne ;
Un sifflement subit s’exhale des haubans ;
T’écume met sa neige au tuf sombre des bancs ;
Comme un nid au rameau se berce la carène.

Sur le sable mouvant, les jeunes et les vieux,
A genoux ou debout, suivent la nef des yeux,
Et lancent des jurons ou font une prière.

Ils ont le parler dur, ces rudes matelots ;
Mais ils savent aussi que l’onde est meurtrière,
Et que bien des marins ont pour tombe les flots.