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SUR LES EAUX



LA TRAVERSÉE


C’est l’automne et déjà tout se flétrit. Alerte,
L’oiseau vient de quitter son doux nid de duvet,
Son nid qui chantait tant quand l’aube se levait,
Et vers des cieux nouveaux son aile s’est ouverte.

La voile sur le mât ne tombe plus inerte.
Loin des tranquilles bords où mon âme rêvait,
Dans le brouillard qui semble un funèbre chevet,
La voile a disparu là-bas sur la mer verte.

Le flot gronde toujours, le ciel se rembrunit.
Qu’importe au voyageur dont la course finit
Que le matin soit loin et que le jour décroisse ?

Comme l’oiseau qui fuit vers un soleil lointain,
Et la barque qui cherche un refuge incertain,
On traverse la vie au milieu de l’angoisse.