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SOUFFLE RELIGIEUX



LE MENDIANT


J’ai, d’un cœur simple, enfant, mendié les années,
Pour voir courir les eaux et fleurir les buissons ;
Jeune homme, j’ai souvent, sous d’étranges frissons,
Mendié des amours, hélas ! vite fanées.

J’ai mendié la gloire, et, sous mes mains tannées,
La plume a de vains mots, la lyre a de vains sons.
J’ai mendié les biens, et toutes mes moissons
Ont été par l’envie ou la haine vannées.

J’ai mendié la joie ainsi que fait chacun,
La fidèle amitié dont se flatte quelqu’un,
Le denier qu’au travail un maître juste accorde.

Et si j’ai demandé quelque funeste don,
Dans la foule des biens que ma bouche recorde,
Dieu clément, je mendie aujourd’hui le pardon.