Page:LeMoine - Ornithologie du Canada, 1ère partie, 1861.djvu/48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

il faut que le fleuve soit bien large pour que le ravisseur fatigué lâche sa proie : alors, il en cherche une autre plus près de terre, et quand il l’a saisie, triomphant, il l’emporte en lieu sûr pour la dévorer. J’ai vu un Faucon venir à trente pas de mon fusil, se jeter sur une Sarcelle que je venais d’abattre. Il n’est pas moins avide de Pigeons que de Canards : il court se jeter au milieu de leurs bandes qui voyagent dans les hautes régions de l’air et qui, pour échapper à sa griffe, exécutent les plus habiles évolutions ; il ose même quelquefois les attaquer dans le domicile que l’homme leur a préparé. J’en ai surveillé un, pendant plusieurs jours, qui avait conçu une telle affection pour mes Pigeons qu’il se permettait d’entrer dans le colombier par une porte et en sortait par l’autre avec une victime ; voyant la terreur et le désordre que ses invasions causaient parmi mes Pigeons, et craignant que ceux-ci n’émigrassent, je mis à mort le voleur.

« Quand le Faucon est en quête, il se perche souvent sur les branches les plus élevées d’un arbre, dans le voisinage des terres marécageuses : on voit sa tête se remuer par saccades périodiques, comme pour mesurer les distances qui le séparent de sa proie ; il épie une Bécasse depuis quelques instants : tout à coup il se précipite sur elle avec un bruit terrible, l’étreint de ses serres acérées, et va la dévorer dans quelque bois voisin.

« Il plume adroitement, avec son bec, sa proie qu’il tient entre ses pattes ; aussitôt qu’une partie est plumée, il la déchire en lambeaux, dont il se repaît avidement ; s’il voit s’approcher un ennemi, il s’enfuit avec son butin, et va le cacher dans l’intérieur de la forêt. C’est surtout en rase campagne qu’il montre de la défiance. »

Malgré la justesse de son coup d’œil, la rapidité de son vol et l’habileté de ses manœuvres, le Faucon Pèlerin ne réussit pas toujours à s’emparer de sa proie : Baumann a vu un Pigeon, poursuivi par un Faucon, se précipiter dans un étang, plonger, sortir