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AUTOUR DE LA MAISON

vaste au-dessus de nous. Les feuillages trop minces ne cachaient plus le ciel, que l’on voyait à travers des ramures comme au travers d’une dentelle.

Mais tout cela ne valait pas le « jeu des feuilles mortes ! »

On s’attelait à la charrette de Zoulou. On allait chercher une « gratte », un râteau. On faisait le tour de la cour, du jardin, du parterre, de la rue vis-à-vis la maison ; et l’on ramassait les feuilles en cinq ou six tournées. On appelait cela des « voyages de foin », et l’on déchargeait la charrette dans un coin du parterre où la galerie faisait angle avec la haute clôture brune. Quand il y avait un bon lit de deux à trois pieds d’épaisseur, on montait sur le bras de la galerie, puis sur la clôture et l’on se jetait à pieds joints dans les feuilles. Oh ! le bon frisson qui nous secouait, nous faisant suffoquer une seconde, ouvrir la bouche, aspirer l’air fortement en attendant de sentir le sol sous les pieds ! Et le bruissement des feuilles sèches, et leur bonne odeur de verdure en poussière, quand on se roulait dedans !… À la course, chacun son tour, se bousculant, Toto, Pierre, Marie, Michelle, montaient sur la clôture et se jetaient en criant dans les feuilles, et recommençaient, et recommençaient encore, les yeux brillants, les joues