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AUTOUR DE LA MAISON

tion elle me faisait ce mensonge-là. Était-ce une façon polie de m’engager à retourner.au gîte ? Elle réussit. Je m’en allai tout de suite. Il ne devait pas encore être cinq heures, mais c’était l’automne et la noirceur venait. J’avais à traverser toute la rue qui longeait le domaine du couvent, de l’église, du presbytère et de la « Providence ». Ce fut presque une agonie. Je marchais vite, rasant les clôtures, en pierres des champs ou en bois blanchies à la chaux. Je me retournais à tout instant. Personne ne me suivait, mais le bruit de mes pas m’apeurait, et j’attendais le fou au grand couteau. Je vis une silhouette noire tourner un coin. Je fermai les yeux. Ce devait être l’homme. Quand je les ouvris, j’aperçus monsieur le vicaire qui me dit : « Ça ne grandit pas, cette petite ; dépêche-toi, si tu veux faire ta première communion ! »

Je n’osais lui demander s’il avait rencontré le fou au couteau. Je dis bonsoir timidement et me sauvai à toutes jambes, n’en pouvant plus à force d’angoisse… Je reverrai toujours la rue déserte de ce soir-là, silencieuse sous le ciel sombre. L’étroit chemin des voitures était taché de feuilles mortes qui avaient l’air d’une multitude de petites bêtes, et qui crissaient parfois comme sous des pieds invisibles. Les arbres étaient