Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/101

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ayant réuni leurs troupes à celles de leurs alliés, étaient prêts à lui disputer le passage les armes à la main [1]. Ils députèrent vers lui Arwa, prince des Takisites, qui lui dit : « Les Coreïshites se sont couverts de la peau de léopard, et ils ont juré à la face du ciel que tu n’entrerais point à la Mecque sans violence. » Le prince idolâtre, s’entretenant familièrement avec Mahomet, lui passait la main sur la barbe [2] en signe d’amitié : « Respecte le visage de l’apôtre de Dieu, lui dit brusquement Elmoghaïra, qui se tenait debout en sa présence ; retire promptement ta main, et crains de n’être pas à temps pour le faire ». « Je ne te déchire pas, » lui répondit tranquillement Arwa. Étant resté quelque temps dans la tente du général, il remarqua avec étonnement le respect profond que les Musulmans avaient pour sa personne. S’il faisait l’ablution sacrée, ils recueillaient avec soin l’eau qui avait servi à cet acte religieux. S’il crachait, ils couraient essuyer sa salive [3]. Un cheveu qui tombait de sa tête, ils le serraient avec vénération. Il était comme un Dieu au milieu de ses semblables. L’ambassadeur, ayant rendu compte aux Coreïshites de sa mission, ajouta : « J’ai demeuré à la cour des empereurs ; j’ai vu Cosroës dans tout l’éclat de sa gloire ; j’ai vu Héradius entouré de la pompe des Césars ; mais je n’ai point vu de roi respecté de ses sujets, comme Mahomet l’est


  1. Abul-Feda, page 85.
  2. Lorsque deux Turcs concluent un traité, ils se prennent mutuellement la barbe, et jurent, par cette noble partie de leur visage, qu’ils accompliront fidèlement leurs engagemens. Ce serment est sacré, et ceux qui le violent sont déclarés infâmes.
  3. Abul-Feda, page 85.