Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

mort de leur chef, et entrant avec eux dans le château, s’en rendit maître [1]. Mahomet en prit possession. Tous les habitans furent faits esclaves [2]. Parmi les captives on remarquait le belle Safia, fille d’un des principaux Juifs. Il la destina à devenir son épouse, et lui donna la liberté pour dot.

Tandis qu’il se délassait de ses travaux, et qu’il célébrait avec les chefs de son armée cette superbe conquête, Zaïnab, sœur de Marhab, qui avait succombé sous le bras d’Ali, préparait sa mort. Elle empoisonna un agneau rôti, et le fit servir à sa table. A peine Mahomet en eut-il mis un morceau dans sa bouche, qu’il le rejeta en disant : Ce mouton est empoisonné. Bashar, un de ses compagnons, qui en avait avalé une bouchée, mourut sur-le-champ. Malgré la promptitude avec laquelle Mahomet avait rejeté le morceau empoisonné, malgré les ventouses qu’il se fit appliquer aux épaules, la malignité du poison pénétra la masse du sang, abrégea ses jours, et lui fit éprouver de violentes douleurs jusqu’à la mort [3]. Cet événement n’était pas propre à diminuer la haine qu’il portait aux Juifs ; aussi continua-t-il à les dépouiller de leurs biens, et à les réduire en servitude. Les habitans de Khaïbar, voyant toutes leurs forteresses enlevées, ouvrirent au conquérant les portes de leur ville. Ils le prièrent de leur laisser la cul-


  1. Aburafé rapporte ce trait qu’Abul-Feda juge lui-même incroyable. Nous marchions, dit-il, sous les ordres d’Ali, contre les habitans de Khaïbar ; une partie de la garnison sortit pour nous repousser. Tandis que notre chef combattait avec une valeur plus qu’humaine, un Juif lui porta un si rude coup, qu’il lui fit tomber le bouclier des mains. Ali, furieux, arracha la porte du château, et s’en servit comme de bouclier, jusqu’à ce qu’il se fût rendu maître de la place. J’ai vu, ajoute l’historien, cette porte. Huit hommes avaient peine à la remuer.
  2. Abul-Feda.
  3. Jannab.