Page:Le Coran (Traduction de Savary, vol. 1), 1821.pdf/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

que Mahomet s’était échappé ; et comme ils n’avaient pas ordre de verser le sang d’Ali, ils le laissèrent pour courir après leur proie. Ils se répandirent sur le chemin de Médine ; mais Mahomet ayant prévu qu’il serait poursuivi avait pris une route détournée [1]. Retiré dans une caverne du mont Tour, située au midi de la Mecque, il y resta trois jours, pour laisser passer la première ardeur des conjurés [2]. Il en partit le quatrième, et suivant les côtes de la mer Rouge il marcha vers Médine à grandes journées. Abubecr et Abdallah étaient les seuls compagnons de sa fuite. Soraka, fils de Malec, un des meilleurs écuyers de l’Arabie, suivi d’une troupe d’élite, atteignit les fugitifs [3]. Il avait devancé ses gens, et courait, la lance à la main, sur Mahomet. « Apôtre de Dieu, s’écria Abubecr, voici le persécuteur. Ne crains rien, lui dit Mahomet, Dieu est avec nous. » Puis se tournant tout-à-coup vers son ennemi, il lui cria : Soraka. A ce cri, le cheval effrayé se renverse par terre ; le cavalier étourdi de la chute, croit voir du prodige dans un événement tout naturel, il demande grâce, et conjure l’apôtre des croyans d’implorer le ciel pour lui. Mahomet prie, et Soraka est sauvé. La générosité l’emporta sur la vengeance. Il arrêta la fureur de ses satellites, et leur commanda de se retirer. Le prophète, si l’on en croit l’histoire, lui fit cette prédiction [4] :


  1. Abul-Feda, page 51.
  2. Quelques-uns d’eux, prêts à pénétrer dans la grotte, s’aperçurent que l’entrée en était fermée par des toiles d’araignée, et qu’une colombe y avait déposé ses œufs. A cette vue, il retournèrent sur leurs pas. Ce prétendu miracle, accrédité parmi les mahométans, leur a laissé une grande vénération pour les colombes.
  3. Abul-Feda, pag. 51 et 52.
  4. La quinzième année de l’hégire, les généraux d’Omar ayant remporté une célèbre victoire sur Yesdegerd, dernier roi de Perse, apportèrent au calife les bracelets et le diadème de ce malheureux prince. Omar fit appeler Soraka, qui était alors musulman, et pour lui montrer combien il honorait sa bravoure, il le revêtit de ces ornemens. Ce fut un spectacle amusant de voir les cheveux gris du guerrier Soraka, et ses bras couverts de poil, constrater avec l’or, les perles et les diamans. Jannab.