Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/276

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en lui, succède l’attention, qui se concentrera plus tard sur des concepts abstraits, et sur leur dépendance.

« La plupart des concepts résultent, à ce que je crois, de simplifications excessives, de séparations trop nettes : ils n’en conviennent que mieux à la logique ; qu’ils s’adaptent à peu près à la réalité, c’est ce qui est plus étonnant, quoiqu’ils aient été préparés par la pression répétée de l’expérience. Quelques-uns d’entre eux, et notamment les concepts scientifiques, sortent d’un passage à la limite, dont l’étrange audace m’effraie depuis longtemps. Le mathématicien raisonne sur des points, des droites et des plans qui n’existent que dans sa pensée, sur des solides parfaits, sur des fluides parfaits ; la perfection de ces solides et de ces fluides est impossible, contradictoire avec ce que nous savons de la matière. Le physicien raisonne sur des systèmes isolés ; il ne peut y avoir de pareils systèmes. Le chimiste raisonne sur des corps purs ; il n’y a pas de corps purs.

« Tout d’abord, ces concepts nous sont assurément suggérés par les objets réels ; mais nous n’y parvenons qu’en poussant jusqu’à l’infini quelque propriété que nous avons observée : nous avons observé, par exemple, des corps plus durs que d’autres ; notre pensée, d’un bond, va jusqu’au bout : elle crée le corps parfaitement solide et ce concept limite arrive à former le fond même de