Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 4, 1924.djvu/260

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son père et mort prématurément à vingt-sept ans (1902), au retour d’une campagne en Extrême-Orient, laissa des notes de voyage d’un assez vif intérêt qui furent publiées sous le titre de Sur le Yang-Tsé.

Quant à Louis Hémon n° 2 — celui qui nous occupe — il était né à Brest le 12 octobre 1880, « juste en face de la rade », m’écrit sa sœur, qui est tentée de voir là une prédestination et croirait volontiers qu’en donnant carrière, de si bonne heure, à sa passion des aventures il n’ait fait que céder aux grandes voix tentatrices du Large qui soufflaient autour de son berceau. Toujours est-il, ajoute-t-elle, que « l’idée des voyages lointains » le hanta presque dès l’enfance. Pour ne pas désobliger son père, il consentait à préparer sa licence en droit et le concours d’entrée de l’École coloniale. Mais, quoique reçu en bon rang et nanti du diplôme d’annamite, il démissionnait aussitôt, ayant horreur de tout ce qui ressemblait à un enrégimentement.

Jamais homme en effet ne se sentit moins de disposition pour la vie de fonctionnaire que ce fils d’un des plus hauts dignitaires de l’Université : sa sœur le peint comme un caractère renfermé, fuyant le monde, aimant la solitude et la méditation, et ce sont les traits habituels auxquels se reconnaissent d’abord les Bretons ; il y joignait un goût violent des sports qui n’est pas aussi commun chez eux et qu’il conciliait je ne sais comment avec son caractère méditatif. Peut-être, devançant la génération d’aujourd’hui, avait-il découvert que la culture physique, l’effort musculaire harmonieux ont non seulement leur utilité et leur beauté, mais encore leur valeur spirituelle et qu’il y a une mystique du sport, comme l’assure M. Alexandre Arnoux. Ce goût, quoiqu’il en soit, était si peu chez lui une passade, un caprice de