Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/140

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Dans les bras d’un époux tu ne veux pas descendre
Ni goûter des baisers plus amers que la cendre.
Tu ne veux pas semer dans le trouble et l’effort
Pour grossir la moisson du mal et de la mort !
Certes ! la veuve est bonne et la vierge est meilleure.
Heureux qui, tes yeux clos, prie en attendant l’heure !
Heureux qui n’a pas mis son espoir en la chair !

DAPHNÉ.

Mère, tu sais le nom de l’homme qui m’est cher.
Mon père m’a choisi le jeune époux que j’aime,
Hippias de Théra, que tu chéris toi-même.
Mais un jour nous viendra plus propice et plus doux,
Quand tu seras guérie, à parler de l’époux.

KALLISTA.

Enfant, l’amour terrestre est un amour fragile :
Les amants sont unis par des chaînes d’argile.
Mais la vierge chrétienne, à l’ombre de l’autel,
Sait trouver dans l’extase un époux immortel.
Alors qu’elle est choisie, épousée aux blancs voiles,
Le cœur percé du glaive et le front ceint d’étoiles,
Elle entend, sur la harpe et le psaltérion,
Les anges célébrer sa mystique union.
Elle boit au festin la grâce à pleins calices,
Et goûte avec amour d’ineffables délices
A noyer ses regards dans le rayonnement
De l’époux dont le cœur saigne, ouvert largement.
Gloire à celle, ô Daphné, qu’un tel maître réclame !
Ecoute ce que j’ai résolu dans mon âme.