Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/236

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Assumant le fardeau des péchés de la terre,
Baigné des pleurs versés pour tous, ivre, éperdu,
J’ai crié jusqu’à Dieu qui n’a pas répondu !
Dieu faisait bien. Les cris, les extases, les larmes ?
Inepte sacrifice et misérables armes !
Méditer, solitaire, au fond des noirs moutiers,
Quand l’Agneau, dépecé par les loups, en quartiers,
Lamentablement bêle et sans qu’on vienne à l’aide !
N’être ni chaud, ni froid, dit l’Apôtre, mais tiède !
Jeûner, meurtrir sa chair, user de ses genoux
Les marches de l’autel où Jésus meurt pour nous ;
Mesurer l’agonie éternelle à notre heure,
Gémir dans l’ombre enfin pendant que le ciel pleure
Et que l’Enfer s’égaie et que ruisselle en vain
L’intarissable sang du supplice divin !
Était-ce donc le temps des inertes prières,
Quand le Démon soufflait ses rages meurtrières
Aux princes affolés autant qu’aux nations,
Et les engloutissait dans ses perditions,
Sans qu’on fit rien de plus pour la cause sacrée
Qu’offrir le maigre prix de sa chair macérée,
Ayant cette insolence et cette vanité
De songer que le monde est ainsi racheté ?
Par les Saints tout sanglants de leurs combats, la tâche
Serait aisée et douce et favorable au lâche,
Et la Béatitude à bon marché ! non, non !
Dieu met à plus haut prix la gloire de son nom.
Frères, je vous le dis : l’équité vengeresse
Nous commande d’agir et maudit la paresse.