Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/238

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La poussière convient à ce peu que vous êtes.
Le Seigneur équitable a donné sagement
Le reptile à la fange et l’astre au firmament,
L’herbe au pré vert, la neige aux montagnes chenues,
La mousse au rouge-gorge et l’aigle aux sombres nues !

— Dieu met son signe auguste au front de qui lui plaît :
Il a négligé l’aigle et choisi l’oiselet,
Dit le Moine. Pourquoi ? Qui le dira ? Personne.
Je suis le trait qu’on darde ou le clairon qu’on sonne,
Et le clairon sonore ou le trait encoché
S’en remet à qui l’enfle ou qui l’a dépêché.
Mes frères, une nuit, de celles que j’ai dites,
Tandis que gémissant des victoires maudites,
Je veillais, prosterné devant mon crucifix,
J’entendis une voix qui me disait : « Mon fils ! »
Elle était douce et triste et cependant immense
Et semblait déborder l’universel silence.
Tremblant, je soulevai ma face pâle, et vis,
Non la pure lumière où les Saints sont ravis,
Hélas ! mais un ciel noir tout lardé de feux blêmes
Où tournoyaient, hagards, des spectres de blasphèmes,
Des faces de damnés, et de hideux troupeaux
De bêtes, chats et loups, dragons, pourceaux, crapauds
Énormes qui bavaient une écume de soufre
Et pleuvaient comme grêle au travers de ce gouffre.
Et je vis un rocher sans herbes et sans eaux,
Où des milliers de morts avaient laissé leurs os,
Et qui montait du fond de l’abîme. A son faîte