Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/343

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Le matin, ils ont vu la froide chirurgie,
Avec ses bistouris, passer ; on emportait
Un enfant. Maintenant une bande rougie
Serre son front. Inerte, il respire et se tait.

Un autre, qui semblait endormi, fut de même
Emporté ; dans la salle, il n’est pas revenu.
Disparaissant depuis hier c’est le troisième.
Où les a-t-on menés dormir ? — dans l’inconnu.

Mais vite ces effrois s’envolent. La pensée,
A cet âge, fuit l’ombre et cherche les rayons.
Une poupée est là. La mort est effacée.
Vient un soldat de bois, l’amputé dit : voyons !

Ce n’est plus une enfant, est-ce une jeune fille
Qui, sous des cheveux blonds, a ces grands yeux d’azur ?
A côté de son lit se dresse une béquille.
Et sa forme est charmante et son visage est pur.

Une indécision pleine de grâce couvre
Le sein naissant qui dort dans un calme ingénu.
Il ne faut qu’un instant pour que cette fleur s’ouvre
En jeunesse. L’instant n’est pas encor venu.

Parfois, sur leur croisée, au fond des cours obscures,
Les pauvres ont des fleurs pour s’égayer un peu ;
Et les femmes aux doigts noircis par les coutures,
Aspirant leur parfum, prennent espoir en Dieu.