Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/437

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Puis viennent, barrant le chemin,
Laboureurs, valets de charrue
A face rougeaude et bourrue,
Leurs bâtons noueux à la main.

Mais à voir Jeanne, si gentille,
Les yeux rieurs, l’air avenant,
Plus d’un pense, en se retournant :
Tudieu ! le joli brin de fille.

L’aïeule pourtant sur ses doigts
Compte le gain qu’elle va aire.
« Les blés sont rares, bonne affaire !
Un et un deux et deux font trois.

« Quant au porc, il s’en ira vite.
Voyez ce monsieur, quel satin !
Il vaut plus d’argent, c’est certain,
Qu’il n’est gras ; qu’en dis-tu, petite ? »

Mais la belle est on ne sait où.
Ce qui l’occupe, je suppose
Que c’est un nœud de ruban rose,
Une croix d’or, un tour de cou.

« Dieu ! que de bijoux, pense-t-elle,
Nous allons voir ! Que c’est tentant !
Si grand’mère voulait pourtant,
J’aurais l’air d’une demoiselle ! »