Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/23

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vasques de marbre… » Mais Si-Tien-Li a beau arrondir ses petits yeux, il ne voit ni tapis, ni cristaux riant aux lumières, ni dames en robes lamées d’étoiles et de diamants ; il ne voit ni or, ni rubis, ni pourpre ; rien que le trou noir de l’allée avec le grand dragon de tôle peinte en bleu qui se tord au-dessus. Tout au fond, à l’entrée d’un escalier étroit, tremble la flamme grêle d’un bec de gaz, et sur les pavés d’une cour intérieure on entend l’eau des gouttières tomber à grand bruit. Cependant il ne faut pas se fier aux apparences, et la coque goudronnée des bateaux de fleurs cache plus d’un voluptueux secret… C’est pourquoi Si-Tien-Li s’enfonce dans l’allée, monte d’un pas léger le petit escalier et se dirige, en tâtant des mains les murs du corridor, vers une porte d’où s’échappent de douces odeurs, quelques accord voilés et un pâle rayon de lumière. C’est ici !… La porte du cénacle est entr’ouverte… Curieusement, Si-Tien-Li la pousse du doigt.


III


Ce que Si-Tien-Li est venu faire à Paris.


Sur les bords du fleuve Jaune, Si-Tien-Li passe pour un grand poëte, et les jeunes filles de Pékin, au visage poudré de poussière orange comme les étamines d’un lis, rêvent de lui derrière les treillages de bois doré en chantant les strophes de son dernier livre : — Vers amoureux