Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/50

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BELLÉROPHON



La Chimère a brisé son front contre l’Azur ;
Elle fouettait les cieux de ses ailes meurtries
Et le fer de ses pieds rayait le cristal dur…
Le cavalier tomba. — Des gens, dans les prairies,

Virent cet homme étrange en son rouge pourpoint
Se traîner et gémir longtemps sur l’herbe verte.
Pareille au sang nouveau d’une blessure ouverte,
Une lueur captive étincelle à son poing…

Il cria : « Les Dieux ont le ciel, l’ivresse est mienne ! »
À sa ceinture il prit une coupe ancienne
Dans le chêne taillée avec de rudes nœuds,

Et, riant du poison qui dévorait ses moelles,
Il regardait fumer sur ses doigts lumineux
Le vin mystique et doux fait du sang des étoiles.