Page:Le Rouge et le Noir.djvu/169

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sens ne furent accueillis que par de grosses larmes coulant en silence, et des serrements de mains presque convulsifs.

— Mais, grand Dieu ! comment voulez-vous que je vous croie, répondait Julien aux froides protestations de son amie ; vous montreriez cent fois plus d’amitié sincère à madame Derville, à une simple connaissance.

Madame de Rênal, pétrifiée, ne savait que répondre.

— Il est impossible d’être plus malheureuse… j’espère que je vais mourir… je sens mon cœur se glacer…

Telles furent les réponses les plus longues qu’il put en obtenir.

Quand l’approche du jour vint rendre le départ nécessaire, les larmes de madame de Rênal cessèrent tout à fait. Elle le vit attacher une corde nouée à la fenêtre sans mot dire, sans lui rendre ses baisers. En vain Julien lui disait :

— Nous voici arrivés à l’état que vous avez tant souhaité. Désormais vous vivrez sans remords. À la moindre indisposition de vos enfants, vous ne les verrez plus dans la tombe.

— Je suis fâchée que vous ne puissiez pas embrasser Stanislas, lui dit-elle froidement.

Julien finit par être profondément frappé des embrassements sans chaleur de ce cadavre vivant ; il ne put penser à autre chose pendant plusieurs lieues. Son âme était navrée, et avant de passer la montagne, tant qu’il put voir le clocher de l’église de Verrières, souvent il se retourna.

XXIV

Une Capitale.

Que de bruit, que de gens affairés !
que d’idées pour l’avenir dans une tête
de vingt ans ! quelle distraction pour
l’amour !
Barnave.

Enfin il aperçut, sur une montagne lointaine, des murs noirs ; c’était la citadelle de Besançon. Quelle différence pour