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Vue de Geiwhé. — Dessin de Grandsire d’après J. E. Dauzats.



EXCURSION AGRICOLE DANS LE NORD DE L’ANATOLIE[1]

(ANCIENNE BYTHINIE)
L’OPIUM. — LA CHÈVRE D’ANGORA. — L’AGRICULTURE.
PAR M. J. E. DAUZATS
TEXTE ET DESSINS INÉDITS.
1855


Départ de Galata. — Nicomédie. — Les zaptiers. — Sabandja. — Le Sakaria. — La poste aux lettres. — Le pont périlleux. — Geiwhé. — Lidja.

À la fin de la guerre d’Orient, le temps de repos que la disparition du typhus donnait au personnel médicopharmaceutique de l’armée, offrait une excellente occasion pour une excursion scientifique. La récolte de l’opium approchait : il fut décidé qu’on en profiterait pour l’étudier sur les lieux mêmes.

M. Bourlier, pharmacien aide-major, fut désigné pour diriger l’expédition, et on m’accorda la faveur de l’accompagner. Notre personnel se composait, en outre, de M. Calligas, pharmacien d’un hôpital turc, interprète ; de quatre infirmiers et de deux sergents turcs ou cavas.

Le 18 juin 1855 au matin, nous quittions le port de Galata. Après une traversée de quelques heures, nous entrâmes dans le port d’Ismedt, l’ancienne Nicomédie. Au fond de la baie, adossée à la montagne, nous apparut la vieille ville, que nous n’eûmes pas le temps de visiter. À peine débarqués, nous nous mimes en route vers l’intérieur. Ce fut entre deux-petites rivières, dans un endroit délicieux, ombragé de grands arbres, que nous dressâmes nos tentes pour la première fois.

Le lendemain, nous faisons quelques excursions dans les environs, en attendant les deux guides que nous avons demandés au mudir (maire) de la ville.

Ces guides ont un double emploi : d’abord ils accompagnent les voyageurs d’une ville à une autre, et là, les laissent à deux de leurs confrères qui prennent leur place ; de plus, ils servent de gendarmes et sont chargés de veiller à la sécurité des routes ; on les appelle zaptiers. Leur teint cuivré et leur accoutrement bizarre leur donnent une physionomie des plus originales ; armés jusqu’aux dents, ils peuvent rassurer tout

  1. L’Anatolie (d’un mot grec qui signifie Levant), pachalik de la Turquie d’Asie, a pour capitale Koutaieh, et est subdivisée en dix-huit sandjakats, dont sept seulement sont réellement soumis au pacha de Koutaieh, leur chef nominal. Elle est formée de la partie occidentale de l’ancienne Asie Mineure : trois de ses côtés sont maritimes ; sa frontière est seule est continentale. Les villes principales sont Smyrne, Brousse, Angora, Koutaieh, etc. (Voy. la carte, p. 147.)