Page:Le Tour du monde - 03.djvu/357

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Dans les âges barbares, les peuples se groupent selon le sol et selon la langue. Ces deux forces gardent longtemps leur puissance, mais les opinions et les intérêts en forment une autre qui domine la première. Strasbourg, resté libre, serait une petite ville d’Allemagne, et c’est une grande cité, l’orgueil et la force de la France, ce qui ne lui laisse aucun regret de n’avoir pas, comme Brême et Lubeck, un quart de voix à porter dans ce conseil de muets et de fantômes qui siégent à Francfort.

Strasbourg touche à l’Allemagne et lui présente bien des bons côtés du caractère français : le patriotisme, l’esprit militaire, le goût des choses de l’intelligence ; mais un des traits les plus marqués lui manque, la grâce. Il faut l’avouer, si Strasbourg est propre, régulier et de tout point convenable, il n’est pas précisément beau.

Les vieilles maisons de Strasbourg. — Dessin de Lancelot.

Il n’a que deux monuments, sa cathédrale et ses fortifications. Pour les voir d’un coup je montai aux tours. Il était de bonne heure, c’est-à-dire trop tôt. La brume, en effet, cachait l’horizon, et les arbres des remparts cachaient la ligne des défenses. Les Vosges semblaient fort modestes ; le Rhin ne se laissait voir que par des échappées ; seule, la Forêt-Noire de l’autre côté du fleuve montrait des hauteurs dignes du nom de montagnes. Je cherchais avidement les Alpes de la Suisse. On ne les voit jamais. Ce que je distinguais bien, c’était la plaine parfaitement unie qui s’étend des Vosges à la Forêt-Noire et que le Rhin coupe en deux. Cette plaine a été évidemment un grand lac qui s’ouvrait à Bâle et se fermait vers le Taunus à Mayence. M. Élie de Beaumont prétend que les deux chaînes ne formaient qu’un seul massif dont le centre s’est effondré pour ouvrir une issue au Rhin ; ce pourrait bien être vrai.

De là-haut je voyais la citadelle construite par Louis XIV