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Fort de Dagana, à cent quarante-quatre kilomètres de Saint-Louis. — Dessin de E. de Bérard d’après E. Nouveaux.


VOYAGES ET EXPÉDITIONS AU SÉNÉGAL ET DANS LES CONTRÉES VOISINES.[1]


VOYAGE DANS L’ADRAR ET RETOUR À SAINT-LOUIS
PAR M. VINCENT, CAPITAINE D’ÉTAT-MAJOR.
1860


De Dagana à la rivière Saint-Jean. — Les Trarzas et leur territoire.

Dans le courant du mois de février dernier, M. le gouverneur du Sénégal avait demandé au roi des Trarzas sa protection pour les voyageurs qui iraient explorer l’Adrar (Sâh’ra occidental) ; la réponse de ce chef avait été affirmative, quoiqu’il représentât, en les exagérant, toutes les difficultés d’un tel voyage. Il proposait de nous emmener avec lui au moment où les camps maures, dès les premières pluies, quittent le fleuve pour remonter dans le nord et aller quelquefois jusque dans le pays de Tiris. C’était nous astreindre à partir pendant l’hivernage et à marcher très-lentement ; nous préférions souffrir de la chaleur et de la soif, parcourir de grands espaces et connaître la véritable physionomie du pays pendant la rude saison.

Muni de vivres pour deux mois, de guinée, de tabac et de différents objets destinés à subvenir à notre subsistance, j’arrivai le 5 mars à Dagana, qui devait être mon point de départ. J’emmenais avec moi, outre Bou-el-Moghdad, interprète de première classe, Gangel, brigadier de spahis, sur l’énergie duquel je savais pouvoir compter ; enfin deux spahis noirs et un domestique.

Dagana, simple fortin en 1855, doit aux mêmes causes qui ont doué Saint-Louis de verdure, d’ombre et de promenades, d’être aujourd’hui le plus florissant de nos établissements de l’intérieur. Sa population dépassant déjà trois mille âmes, le chiffre de son commerce, évalué pour 1859 à plus de quatre millions, en font une ville importante pour la contrée, tandis que ses riches jardins, ses belles plantations, ses cultures tropicales forment un ensemble d’autant plus agréable qu’on y est bien moins exposé que sur d’autres points du fleuve aux attaques des moustiques, ce fléau auquel les nègres n’échappent qu’au moyen d’un autre genre de supplice : un bain de fumée de bois vert.

Partis de Dagana le 8 mars, nous avons traversé d’abord toute cette partie du pays que les Maures nomment Chamâma (pays des noirs), parce qu’il a le même aspect que les plaines alluviales du bas Sénégal. C’est l’ancienne

  1. Suite et fin. Voy. pages 17 et 33.