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Plage de la Marinella. — Dessin de Karl Girardet.


NAPLES ET LES NAPOLITAINS,

PAR M. MARC MONNIER.
1861. — TEXTE ET DESSINS INÉDITS.




I


Les descriptions de Naples. — Ce qu’oublient les voyageurs. — Les Napolitains : la bourgeoisie, le peuple. — Les lazzarones : ceux d’autrefois et ceux d aujourd’hui. — Le vastaso. — Les inondations à Naples. — Le pauvre Bidera : sa chute dans la lave. — Le corricolo.


Naples, 20 janvier 1861.

On s’occupe beaucoup de Naples depuis deux ans : c’est une fièvre politique. Vous voulez bien, monsieur, vous en guérir avec moi pendant quelques jours, et vous m’autorisez à vous parler de ce pays sans vous raconter la légende garibaldienne et ses suites. Je suis tout à vos ordres, et point embarrassé du tout pour vous obéir. Cette ville en effet, si exploitée, n’est guère encore qu’effleurée par les impatientes relations des voyageurs de lettres. Plus Je lis tout ce qui a été écrit en français sur elle, plus je trouve de choses à dire, ignorées ou négligées par les écrivains ambulants.

Ce qui demeure surtout dans l’ombre ou dans un faux jour, c’est le peuple napolitain, qui est pourtant le sujet le plus curieux d’observations et d’études. La ville même et les environs sont bientôt vus ; tout le monde sait, après huit jours de passage, que le taureau Farnèse, l’Hercule de Glicon, la Flore et l’Orateur, si admirés de Canova, sont au musée Bourbon (aujourd’hui musée National), que la cathédrale de Saint-Janvier a des mosaïques byzantines, et que Pompeïa est une ville morte couchée au pied du Vésuve qui l’a détruite et qui la menace toujours. Si je n’avais rien autre à vous raconter, monsieur, je m’en voudrais de dérober quelques pages de votre journal aux explorateurs au long cours qui vous donnent des renseignements si curieux et si neufs sur les régions les plus lointaines. Mais il y a sur la terre autre chose que les beautés de la nature et les chefs-d’œuvre de l’art.

Il y a les hommes.

Un de nos écrivains descriptifs les plus riches et les plus exactement minutieux écrivit un très-beau livre sur l’Espagne, où il peignait en détail et avec éclat l’aspect du pays, les villes, les musées, les palais, les masures même, et tout cet assemblage de descriptions composait un tableau splendide. « Il n’y manque qu’une chose, disait une femme d’esprit, ce sont des Espagnols. »

Je ne veux pas commettre une pareille faute, n’ayant d’ailleurs ni la palette ni le pinceau de l’écrivain qui la