Page:Le Voyage des princes fortunez - Beroalde, 1610.pdf/378

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
341
fortunez. Entreprise II.


plus de contentement : Vn peu apres menee par ſa deſtinee elle prit congé des Dames & partit de Citheree. Toutes les Dames furent fort deſplaiſantes de ſa reſolution contre leur priere de demeurer auec elles, & ſ’aſſemblerent pour la conduire, bien que leur principale intention fuſt pour la ſupplier de ſ’arreſter. En ceſte aſſemblee & prenants congé d’elle, elles la nommerent φαία, c’eſt à dire Fée, d’autant qu’elle eſtoit brunette, & vn peu haſlee. Ainſi elle fut dicte Fée, par vn epithete ſingulier, & qui luy appartenoit l’eſtant de race, de faict & de nom, & ainſi qu’vnique, telle comme la plus galante de toutes, & excellente entre celles qui ſçauent. Auec l’amitié de toutes les Dames qui eurent grand regret de ſa deſpartie, elle ſe retira en vne iſle d’Enos, où elle fut quelque temps attendant le moyen d’acheuer ſon voyage. Cependāt qu’elle fut là vn Roy voiſin, eſmeu par le bruit de ſa bonne grace ſouſpira ; mais en vain, ainſi que pluſieurs grands. L’intention de la Fée eſtoit vers ſa ſœur aiſnee, à laquelle à la fin elle paruint, apres auoir trauerſé pluſieurs mers ſur des vaiſſeaux paſſagers, qu’elle rencontroit à propos, & arriua au païs defiré cinq mois apres la mort du Roy ſon pere, & y trouua ſa ſœur couronnee & Royne, aimee & obeie de ſes ſubjects. La Roine rauie d’aiſe, d’auoir recouuré ceſte ſœur tant deſiree, fit de beaux preſens aux Seigneurs, donna des immunitez au peuple, en congratulation de ce bien qui apporta tant de reſiouiſſance en ces contrees, que par long temps il n’y eut en tout le païs & à la court, que belles parties faites


Y iij