Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/153

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Soudain, Georges Roussel s’approcha du saltimbanque et lui saisit le bras. L’individu se retourna. Mon ami lui dit quelques mots à l’oreille. L’autre le contempla, effaré, les yeux grands de terreur. Alors, comme le singe passait devant lui, Georges tira de sa poche un billet de cent francs et le déposa dans la sébile.

— Eh bien, quoi ! tu te trompes, lui demandai-je, stupéfait.

Il m’entraîna. Il était très pâle, comme bouleversé. Il lui fallut plusieurs minutes pour se remettre. Une vive curiosité me brûlait. Cédant à mes instances, il consentit à m’expliquer sa conduite.

— Tu te rappelles, n’est-ce pas, que j’ai fait mon volontariat, comme artilleur, il y a quelques années, à Versailles. Or, j’avais emmené avec moi Sarah Belli, la danseuse du Grand-Théâtre, tu sais, celle qui a de si belles jambes. Jolie ? Pas précisément. Bien faite ? Oui, à peu près. Mais quelles jambes ! Ah ! ces jambes, j’en raffolais, et tous les soirs, régulièrement, pour en jouir à mon aise, je découchais.


La chose, du reste, était facile. Entre le bâtiment central et le manège, se trouvait un passage fermé par une grille. Je franchissais cette grille. Sarah m’attendait aux Réservoirs, et, vers quatre heures du matin, je revenais par la même route.