Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/60

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mon unique rêve !

Sur ma joie se greffe le plaisir d’une petite revanche… Ce n’est plus Dick, c’est moi qu’elle serrera contre elle, et que ses lèvres baiseront. Ce changement, j’en suis sûr, le chagrinera.


… Je l’ai vue. Elle m’a fait asseoir auprès d’elle. De l’autre côté Dick, couché en rond sur un coussin, sommeillait. Geneviève portait une jupe de drap et un corsage en surah noir, très montant. Je fus déçu. Je m’attendais a quelque toilette plus intime. Elle a dû le remarquer, car son sourire me demanda pardon. Je tombai à genoux, éperdu.

À ce moment — c’est drôle, comme cette chose insignifiante m’a frappé ! — Dick releva la tête, et je rencontrai ses yeux qui m’examinaient, impassibles.

Je me sentis gêné, et dans le but de surmonter cette impression absurde, j’embrassai les doigts de Geneviève. L’odeur de sa peau m’enivrait, et cependant — vraiment, c’est curieux, ce détail qui me revient ! — je pensais à Dick. Je me disais que ces baisers devaient l’agacer. J’en éprouvais une joie méchante. Mais un désir m’envahissait, je pris Geneviève par la taille et voulus l’attirer.