Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/75

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Le Fils du capitaine



— Alors, c’est décidé ? demanda le colonel, lorsque le sergent Dalbrecq eut accouru à son appel, c’est décidé, tu ne veux pas de permission ?

— Non, mon colonel.

La réponse fut nette. Debout devant son supérieur, les talons joints, l’homme avait une figure énergique, barrée de deux cicatrices, qui semblaient avoir rétréci la peau des joues et fait saillir les pommettes. Les yeux étaient petits et louchaient, ce qui donnait au regard une expression un peu fuyante.

À la poitrine, deux décorations, la médaille militaire et la Croix de guerre avec quatre citations.

Le colonel reprit :

— Écoute, Dalbrecq, je ne connais pas ton père ; mais comme ancien capitaine de gendarmerie, il a cru pouvoir m’écrire, ainsi que je te l’ai dit… Il se sent vieux. Et puis, il sait que tu te bats… comment dirais-je ? Que tu te bats comme un fou… Donc, il a peur qu’il ne t’arrive quelque chose, et il veut te voir. C’est tout naturel. Aussi tu vas partir demain.

— Non, mon colonel.

— Mais bougre d’entêté, puisque je n’ai pas besoin de toi pour le moment ! Pas de mission dangereuse. Alors, tu n’as plus rien à faire ici. Va-t’en.

— Non, mon colonel.

L’officier lui appliqua la main sur l’épaule.