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III

LE FILS DE VORSKI



Assise à tribord sur une caisse, et tournée vers Honorine, Véronique souriait. Sourire encore inquiet, indécis, plein de réticence, hésitant comme un rayon de soleil qui cherche à percer les derniers nuages de la tempête, mais sourire heureux tout de même.

Et le bonheur semblait la juste expression de ce visage admirable, empreint de noblesse et de cette pudeur spéciale que donnent à certaines femmes, touchées par des malheurs excessifs, ou préservées par l’amour, l’habitude de la gravité et la suspension de toute coquetterie féminine.

Ses cheveux noirs, un peu gris aux tempes, étaient noués très bas sur la nuque. Elle avait le teint mat d’une méridionale, et de grands yeux d’un bleu très clair et dont tout le globe semblait de la même couleur, pâle comme un ciel d’hiver. Elle était grande, avec des épaules larges et un buste harmonieux.

Sa voix musicale et un peu masculine se faisait légère et joyeuse pour parler du fils retrouvé. Et Véronique ne voulait parler que de cela. En vain la Bretonne essayait d’en venir aux problèmes qui la tourmentaient, et reprenait parfois :

« Voyons, il y a deux choses que je ne m’explique pas. Par qui fut établie cette piste dont les indications vous ont menée du Faouët jusqu’à l’endroit précis où j’atterris toujours, ce qui donnerait à penser que quelqu’un a été du Faouët à l’île de Sarek ? Et puis, d’autre part, comment le père Maguennoc a-t-il quitté l’île ?