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V

« QUATRE FEMMES EN CROIX… »



Véronique restait seule dans l’Île aux trente cercueils.

Jusqu’à l’instant où le soleil descendit parmi les nuages qui semblaient reposer sur la mer, à l’horizon, elle ne bougea pas, écroulée contre la fenêtre, la tête enfouie dans ses deux bras qu’elle appuyait au rebord.

La réalité passait dans les ténèbres de son esprit comme des tableaux qu’elle s’efforçait de ne pas voir, mais qui, par moments, devenaient précis au point qu’elle s’imaginait revivre les scènes atroces.

Elle continuait à ne point chercher d’explications à tout cela, et à ne point faire d’hypothèse sur toutes les raisons qui eussent éclairé le drame. Elle admettait la folie de François et de Stéphane Maroux, ne pouvant supposer d’autres motifs à de tels actes. Et, croyant fous les deux assassins, elle n’essayait pas de leur attribuer des projets quelconques et des volontés définies.

La folie d’Honorine, d’ailleurs, qu’elle avait vue pour ainsi dire éclater, l’incitait à juger tous les événements comme provoqués par une sorte de déséquilibre mental dont les habitants de Sarek avaient tous été victimes. Elle-même, à certaines minutes, sentait son cerveau vaciller, ses idées s’évanouir dans la brume, et d’invisibles fantômes rôder autour d’elle.

Elle s’assoupit, et d’un sommeil que hantaient de telles images, et où elle se trouvait si malheureuse, qu’elle se mit à sangloter. Du reste, il lui semblait entendre un bruit léger qui, dans son esprit engourdi,