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L’AIGUILLE CREUSE
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Ah ! si c’est lui, exaspéré comme il doit l’être, tout est à craindre.

Il hésita un moment :

— Je me demande si nous ne devrions pas rebrousser chemin… oui, j’ai de mauvais pressentiments…

Des plaines légèrement ondulées se déroulaient à perte de vue. Un peu sur la gauche, de belles allées d’arbres menaient vers la ferme de la Neuvillette dont on apercevait les bâtiments… C’était la retraite qu’il avait préparée, l’asile de repos promis à Raymonde. Allait-il, pour d’absurdes idées, renoncer au bonheur à l’instant même où il atteignait le but ?

Il saisit le bras d’Isidore, et lui montrant Raymonde qui les précédait :

— Regarde-la. Quand elle marche, sa taille a un petit balancement que je ne puis voir sans trembler… Mais, tout en elle me donne ce tremblement de l’émotion et de l’amour, ses gestes aussi bien que son immobilité, son silence comme le son de sa voix. Tiens, le fait seul de marcher sur la trace de ses pas me cause un véritable bien-être. Ah ! Beautrelet, oubliera-telle jamais que je fus Lupin ? Tout ce passé qu’elle exècre, parviendrai-je à l’effacer de son souvenir ?