Page:Leblanc - La Femme aux deux sourires, paru dans Le Journal, 1932.djvu/14

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Quelle déveine ! bougonna Gorgeret qui, machinalement, regarda autour de lui, jeta un coup d’œil distrait sur le fauteuil tourné, et scruta les portes.

— J’ouvre ? proposa M. Raoul.

— Inutile. Nous la retrouverons là-bas.

— Avec vous, inspecteur Gorgeret, je suis tranquille.

— Moi aussi, dit naïvement Gorgeret.

Et il ajouta, en remettant son chapeau :

— À moins qu’elle n’ait manigancé quelque tour de sa façon… Ça m’a l’air d’une fieffée coquine !

— Une coquine, cette admirable blonde ?

— Enfin quoi, tout à l’heure, à la gare Saint-Lazare, je l’ai presque cueillie à l’arrivée du train où elle était signalée… Et voilà deux fois qu’elle se défile.

— Elle m’a paru si posée, si sympathique !

Gorgeret eut un mouvement de protestation et jeta, malgré lui :

— Une sacrée femme, que je vous dis ! Savez-vous qui c’est ? La maîtresse du grand Paul, tout simplement.

— Hein ? le fameux bandit ? cambrioleur… assassin peut-être… Le grand Paul, que vous avez presque arrêté ?

— Et que j’arrêterai, comme sa maîtresse, comme cette fouine de Clara la Blonde.

— Pas possible ! la jolie blonde, ce serait cette Clara dont les journaux ont parlé et que l’on recherche depuis six semaines…

— Elle-même. Et vous comprenez que la prise a de la valeur. Tu viens, Flamant ? Alors, monsieur, pour l’adresse, nous sommes d’accord, il s’agit de M. Frossin, 63, boulevard Voltaire ?

— Parfaitement, c’est l’adresse qu’elle m’a donnée.

M. Raoul le conduisit et, très aimable, déférent :