Page:Leblanc - Le Bouchon de cristal, paru dans Le Journal, 25-09 au 09-11-1912.djvu/39

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mée. Il ne recevait aucune visite. Et son existence fonctionnait avec une régularité de mécanique. L’après-midi il allait à la Chambre, le soir au cercle.

— Pourtant, disait Lupin, il doit bien y avoir quelque chose qui n’est pas catholique dans tout cela.

— Rien, que je te dis, gémissait Victoire, tu perds ton temps, et nous nous ferons pincer.

La présence des agents de la Sûreté et leurs allées et venues sous les fenêtres l’affolaient. Elle ne pouvait admettre qu’ils fussent là pour une autre raison que pour la prendre au piège, elle, Victoire. Et, chaque fois qu’elle se rendait au marché, elle était toute surprise qu’un de ces hommes ne lui mît pas la main sur l’épaule.

Un jour elle revint, bouleversée. Son panier de provisions tremblait à son bras.

— Eh bien, qu’y a-t-il, ma bonne Victoire ? lui dit Lupin ; tu es verte.

— Verte… n’est-ce pas ?… Il y a de quoi…

Elle dut s’asseoir, et ce n’est qu’après bien des efforts qu’elle réussit à bégayer :

— Un individu… un individu qui m’a abordée… chez la fruitière…

— Bigre ! Il voulait t’enlever ?

— Non… Il m’a remis une lettre…

— Et tu te plains ? Une déclaration d’amour, évidemment !

— Non… « C’est pour votre patron », qu’il a dit. « Mon patron » que j’ai dit. « Oui, pour le monsieur qui habite votre chambre. »

— Hein !

Cette fois Lupin avait tressailli.

— Donne-moi ça, fit-il, en lui arrachant l’enveloppe.

L’enveloppe ne portait aucune adresse.

Mais il y en avait une autre, à l’intérieur, sur laquelle il lut :

Monsieur Arsène Lupin, aux bons soins de Victoire.

— Fichtre ! murmura-t-il, celle-ci est raide.