Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/152

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De grosses cordes les accrochaient tous deux à des pitons fixés aux solives de la grange. La tête s’inclinait hors du nœud coulant. Celui que Perenna avait heurté bougeait encore un peu, et les os, en s’entrechoquant, faisaient un cliquetis sinistre.

Il avança une table boiteuse qu’il cala tant bien que mal, et sur laquelle il monta afin d’examiner de près les deux squelettes.

Ils étaient tournés l’un vers l’autre, face à face, le premier sensiblement plus grand que l’autre. C’étaient un homme et une femme. Alors même qu’aucun choc ne les agitait, le vent qui soufflait par les ouvertures de la grange les balançait légèrement, les approchait et les éloignait l’un de l’autre en une sorte de danse très lente, d’un rythme égal.

Mais, ce qui lui fit peut-être l’impression la plus forte dans cette vision macabre, ce fut de voir que chacun de ces squelettes, autour desquels ne demeurait pas même un lambeau de vêtement, gardait un anneau d’or, trop large maintenant que la chair avait disparu, mais que retenaient, comme des crochets, les phalanges recourbées de chaque doigt.

Avec un frisson de dégoût il les détacha, ces anneaux. C’étaient des alliances.

Il les examina. À l’intérieur chacune d’elles portait une date, la même date, 12 août 1892, et deux noms : Alfred, Victorine.

— Le mari et la femme, murmura-t-il. Est-ce un double suicide ? un crime ? Mais comment est-ce possible qu’on n’ait pas encore découvert ces deux squelettes ? Faut-il donc admettre qu’ils soient là depuis la mort du bonhomme Langernault, depuis que l’administration a pris possession du domaine et que personne n’y peut entrer ?

Il réfléchit :

« Personne n’y peut entrer ?… Personne ?… Si, puisque j’ai vu des traces de pas dans le jardin, et que, aujourd’hui même, une femme s’y est introduite. »

L’idée de cette visiteuse inconnue l’ob-