Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/20

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— Allons, dit le préfet de police, qu’il ne soit plus question de vos prouesses, monsieur, ni de ce rapport. J’y relèverai cependant ceci, c’est qu’au cours de l’été 1915 vous êtes tombé dans une embuscade de quarante Berbères, que vous avez été capturé et que vous n’avez reparu à la Légion que le mois dernier.

— Oui, monsieur le préfet, pour être désarmé, mes cinq années d’engagement étant largement dépassées.

— Mais comment M. Cosmo Mornington a-t-il pu vous désigner comme légataire puisque, au moment où il rédigeait son testament, vous étiez disparu depuis quatre ans ?

— Cosmo et moi, nous correspondions.

— Hein ?

— Oui, et je lui avais annoncé mon évasion prochaine et mon retour à Paris.

— Mais par quel moyen ?… Où étiez-vous ? Et comment vous fut-il possible ?…

Don Luis sourit sans répondre.

— Monte-Cristo, cette fois, dit M. Desmalions, le mystérieux Monte-Cristo…

— Monte-Cristo, si vous voulez, monsieur le préfet. Le mystère de ma captivité, de mon évasion, bref, de toute ma vie pendant la guerre, est en effet assez étrange. Peut-être un jour sera-t-il intéressant de l’éclaircir. Je demande un peu de crédit.

Il y eut un silence. M. Desmalions examina de nouveau ce singulier personnage, et il ne put s’empêcher de dire, comme s’il eût obéi à une association d’idées dont lui-même ne se fût pas rendu compte :

— Un mot encore… le dernier. Pour quelles raisons vos camarades vous donnaient-ils ce surnom bizarre d’Arsène Lu-